Télévision : Contes - Dossier relatif aux émissions avec ou sans sous-titres et avec une transcription écrite pour la plupart de ces émissions.
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TV - Contes

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- La princesse disparue
Conte de Rabbi Nahman présenté le 9 novembre 2014 à l'émission "La source de vie"

 

PRÉSENTATION :

 




SOUS-TITRES et TRANSCRIPTION ÉCRITE DES SOUS-TITRES

Les présentes transcriptions écrites sont faites avec l'aide des sous-titres.

 

Vous pouvez aussi voir l'émission sous 7 jours avec les sous-titres
en activant les sous-titres dans la barre de défilement au lien :
http://pluzz.francetv.fr/videos/sagesses_bouddhistes.html
(roue crantée "plus d'options" et cliquer sur "sous-titres")


Remarques :
Le site "Télé Scoop" présente une transcription écrite des émissions "Sagesses bouddhistes" au lien :
http://telescoop.tv/search/?q=Sagesses+bouddhistes&ref=home

 

Pour mémoire : controverse http://www.nadoptepasunebouddhiste.com/tag/matthieu%20ricard/




 

"La princesse disparue"

Un conte de Rabbi Nahman

 

VIDÉO DE L'ÉMISSION - PRÉSENTATION - TRANSCRIPTION ÉCRITE

Dimanche 9 novembre 2014 - France 2 de 9h15 à 10h

- La princesse disparue
Conte de Rabbi Nahman présenté le 9 novembre 2014 à l'émission "La source de vie"

 


Photo de l'album de Facebook

LA VIDÉO DE L'ÉMISSION :


Revoir sur Dailymotion VOSTF :
http://www.dailymotion.com/video/x29q50k (44'43)


"La princesse disparue" conte de Rabbi Nahman... par conscience33

 

Revoir en replay (6 jours) :
http://pluzz.francetv.fr/videos/source_de_vie_,112199795.html



PRÉSENTATION :

La princesse disparue
Un conte de Rabbi Nahman

Raconté et commenté...

Lu au lien http://www.lasourcedevie.fr/

Un des plus grands érudits juifs du XIXème siècle Rabbi Nah’man, a exprimé sa pensée sous forme de divers contes populaires.
Il s’agit toujours de textes codés : ainsi, par exemple, la princesse perdue représente l’absence de Dieu.
Ce conte est interprété par Guila Clara KESSOUS et commenté par le rabbin Daniel EPSTEIN.

Invité : Guila Clara KESSOUS,  Rabbin  Daniel EPSTEIN

Réalisateur : Josy EISENBERG

Autres informations :

-  Conte "La princesse disparue" et autres contes de Rabbi Nahman : 
http://www.daat.fr/htm/contes/contenu.htm

- Le conte "La princesse disparue" :
http://www.ibreslev.net/fr/28.html
et
http://www.corinna-coulmas.eu/les-contes-de-rabbi-nahman-de-bratslav-l-homme-de-priere.html
ou
http://www.corinna-coulmas.eu/les-contes-de-rabbi-nahman-de-bratslav-l-homme-de-priere.html

- Dans Google book - Significations :
http://books.google.fr/books?id=9rO9Je2xlrgC&pg=PT12&lpg=PT12&dq=Contes+de+Rabbi+Nahman+la+princesse+disparue&source=bl&ots=QXN-XI1VFm&sig=N7XnSKr0yXrrtbeKqzJzacKmzIM&hl=fr&sa=X&ei=zZtfVMGNI4ePPczYgLgD&ved=0CE0Q6AEwCQ#v=onepage&q=Contes%20de%20Rabbi%20Nahman%20la%20princesse%20disparue&f=false

- Autre vidéo : Sur Youtube 
https://www.youtube.com/watch?v=MBfJPd06pHo

Site "La source de vie" : http://www.lasourcedevie.fr/

Sur Wikipédia : Rabbi Nahman (1772-1810) http://fr.wikipedia.org/wiki/Nahman_de_Bratslav

Sur Wikipédia : Guila Clara Kessous http://fr.wikipedia.org/wiki/Guila_Clara_Kessous

TRANSCRIPTION ÉCRITE :

-Ces danseurs endiablés, si l'on peut s'exprimer ainsi à propos de Juifs croyants, font partie d'un des plus originaux mouvements de hassidisme.
Ce sont les disciples d'un grand maître de cette mouvance qui depuis plus de 200 ans prône le judaïsme par la joie.
Rabbi Nahman de Bratslav qui vécut au 19e siècle est l'auteur de milliers de sentences fameuses.
Cette phrase résume la pensée du maître.
Nous vous proposons de découvrir cette œuvre avec une série de contes, moyen choisi par le maître pour diffuser le message de la Kabbale.

-Bonjour. Un des plus grands penseurs juifs de l'Histoire, c'est Rabbi Nahman de Bratslav, lequel, à part des livres de commentaires cabalistiques, n'est-ce pas Rabbin Daniel Epstein et qui sont extrêmement profonds, a essayé de transcrire sa pensée à travers des contes.
Ces contes ont été publiés sous le titre "Contes de Rabbi Nahman" et nous allons écouter un de ces contes et le commenter avec vous.

-Il était une fois, un roi qui avait six fils et une fille.
Il aimait particulièrement cette fille.
Un jour, il s'énerva contre elle et lui dit ces paroles :
"Que le mal t'emporte."
La jeune fille partit dans sa chambre et on ne la retrouva plus.
Le lendemain, tout le monde la chercha. Elle était introuvable.
Le roi en devint particulièrement triste.
Son chambellan décida de partir à la recherche de la princesse.
Il demanda d'être accompagné par un serviteur, un cheval et il demanda de l'argent.
Il partit et il chercha la princesse de nombreuses années. Il traversa des déserts, des collines, des forêts... Sans succès.
Un jour, dans le désert, il vit un petit chemin de traverse.
Il l'emprunta et tout au bout du chemin, il découvrit un château merveilleux.

Ce château était empli de richesses, mais bien sûr, bien gardé par des soldats.
Le chambellan eut peur.
Et puis, avec courage, il décida de franchir les soldats.
Il pénétra sans difficulté à l'intérieur du château.
Il traversa de nombreuses salles jusqu'au moment où il découvrit une salle dans laquelle trônait un roi entouré de sa Cour, des soldats, des musiciens et également un festin.
Le chambellan décida de manger et personne ne l'en empêcha.
Il fut très surpris de ces non-réactions de la part de la Cour et il décida d'aller s'allonger au fond de la salle, pour mieux observer ce qui se passerait.
Le roi, entouré de sa Cour, demanda de faire amener la reine du royaume.
La reine arriva.
Et cette reine, le chambellan la reconnut : il s'agissait de la princesse perdue.
La reine s'assit à côté du trône du roi, elle vit cet homme au fond de la salle et elle le reconnut.
Elle alla vers lui.
"Tu me reconnais ?", lui dit-elle.
"Oui, vous êtes la princesse perdue. Que faites-vous ici ?"
La princesse lui dit : "C'est à cause des paroles de mon père.
"Il m'a dit "Que le mal t'emporte","et me voici, je suis au royaume du Mal."
Le chambellan demanda : "Comment faire pour vous tirer d'ici ?"
La princesse lui répondit :
"C'est impossible. Impossible, à moins que tu n'acceptes de rester une année entière dans un seul lieu, à prier tous les jours, à supplier pour que je puisse sortir d'ici. Si tu réussis cela, je pourrai être sauve. Mais lors des dernières 24 heures, il faudra que tu ne manges rien, et que tu ne dormes pas."

Le chambellan décida de faire ce que la princesse lui dit.
Il supplia pendant un an dans un lieu que la princesse puisse être délivrée.
Arriva le dernier jour.
Il se rappela des paroles de la princesse.
Il jeûna et il ne dormit pas.
Le dernier jour, il se mit en route avec son serviteur pour enfin délivrer la princesse.
Sur le chemin, il vit un arbre magnifique.
Et cet arbre portait des pommes qui semblaient délicieuses.
Le chambellan ne résista pas.
Il prit une pomme et la croqua.
Immédiatement, il fut saisi d'un sommeil profond.
A son réveil, il se tourna vers le serviteur et lui dit "Où donc puis-je être ?"
Le serviteur lui expliqua :
"Vous êtes resté endormi pendant de longues années, j'ai survécu parce que j'ai mangé des fruits."
Le chambellan était très triste.
Il s'en retourna vers la princesse et dut admettre sa faute.

La princesse se lamenta :
"Hélas, pour un jour, pour une seule faute, tu n'as pas réussi à me délivrer.
Pars, retourne dans un endroit, et pendant un an, supplie le Ciel que je puisse sortir d'ici, que je ne puisse plus être prisonnière.
Le dernier jour, tu pourras manger, mais surtout, ne dors pas.
Et par conséquent, ne bois pas non plus, car si tu buvais du vin, peut-être que tu retomberais dans le sommeil. Surtout ne dors pas."

Le chambellan s'exécuta.
Pendant un an, il fut très sérieux.
Il supplia pour que la princesse puisse être libre. Les dernières
24 heures, il ne dormit pas.
Sur le chemin, pour aller délivrer la princesse, il vit tout à coup une fontaine, et cette fontaine, semblait particulière, elle était jaillissante, mais l'eau était rouge et elle avait l'odeur du vin.
Il dit à son serviteur :
"Cette fontaine, on dirait qu'elle a du vin pour eau."
Il s'approcha de la fontaine et il en but un tout petit peu.
Immédiatement, il sombra dans un sommeil profond.
Un sommeil qui dura 70 années.
Des soldats passèrent, le serviteur eut peur et alla se cacher.

Et puis, un char arriva, un char sur lequel se tenait la princesse.
Elle vit le chambellan, elle essaya de pouvoir le réveiller.
Mais hélas, aucune de ses supplications n'y arriva.
Elle se lamenta.
"Hélas pour moi, hélas pour toi, je suis restée trop longtemps dans cet endroit."
Elle prit un foulard qui était sur sa tête, et décida, avec ses larmes, d'inscrire un texte à l'attention du chambellan.
Elle le déposa près de lui et repartit sur son char.

A son réveil, le chambellan se tourna vers le serviteur.
"Où puis-je bien être ?" dit-il.
Le serviteur lui expliqua tout, lui expliqua le nombre de soldats qui sont passés, ainsi que la princesse sur son char.
Le chambellan avisa le foulard à ses côtés.
"A qui est-il ?" demanda-t-il. Le serviteur lui dit que c'était la princesse qui l'avait déposé et qu'elle avait inscrit quelque chose avec ses larmes. Le chambellan mit le foulard au soleil et vit les inscriptions qui étaient faites des larmes de la princesse.

Il réussit à lire qu'elle devait changer de lieu.
A présent, elle se trouvait sur une montagne d'or sur laquelle s'élevait un château de perles.
Le chambellan décida de la retrouver.
Il quitta le serviteur et se mit en route.
Il chercha pendant de nombreuses années et il se mit à réfléchir.
"Une montagne d'or sur laquelle se dresse un château de perles.
Cela ne peut se trouver dans le monde des humains.
Cela doit être dans le désert."
Il connaissait bien la géographie.

Il se mit en route dans le désert.

Des années passèrent et soudain, il vit un homme immense, un géant, qui transportait un tronc aussi immense que lui.
Le géant s'arrêta, très étonné, regarda le chambellan et lui dit :
"Qui es-tu, toi ?".
Le chambellan lui dit :
"Je suis un être humain."
"Un être humain ?", lui dit le géant, "Cela fait fort longtemps que j'habite ici et jamais je n'ai vu d'être humain dans la contrée."
Le chambellan lui expliqua tout et comment il cherchait la montagne d'or sur laquelle se dressait un château de perles.
Le géant se prit à rire.
"Une montagne d'or sur laquelle se dresse un château de perles ! Mais cela n'existe pas, on t'a raconté des fables stupides !"
Le chambellan insistait.
"Cela doit bien se trouver quelque part" lui dit-il.
Le géant lui dit :
"Je sais que cela n'existe pas. Mais si tu le veux et si tu insistes, je suis préposé aux animaux de la Terre.
Comme ils sillonnent tout l'univers, il pourront me dire s'il existe un endroit pareil."
Il convoqua les animaux.
Il les interrogea.
Mais aucun animal n'avait vu une chose pareille, une montagne d'or sur laquelle se dressait un château de perles.
Le géant se tourna vers le chambellan : "Je te l'avais dit.
"Retourne sur tes pas, on s'est moqué de toi, ce lieu n'existe pas."
Le chambellan dit :
"Je sais qu'il existe".

Devant la certitude du chambellan, le géant lui dit : "Ecoute, un peu plus loin dans le désert, j'ai un frère.
Ce frère est le préposé de tous les oiseaux du ciel.
Comme les oiseaux volent au-dessus des territoires, ils pourront dire s'ils ont vu cette fameuse montagne d'or que surplombe un château de perles.
Rencontre-le et dis-lui que tu viens de ma part."

Le chambellan se mit à la recherche du géant.
Il marcha de longues années dans le désert et soudain, il vit un homme immense qui transportait un tronc immense.
Il sut que c'était le géant.
Il lui expliqua son histoire.
Le géant lui dit :
"Un tel lieu n'existe pas".

Mais comme le chambellan continuait d'être certain que ce lieu existait, il lui dit :
"Je vais convoquer les oiseaux et leur poser la question."

Tous les oiseaux arrivèrent, du plus grand au plus petit, mais aucun oiseau n'avait vu un tel endroit.
"Tu vois, on s'est moqué de toi" dit le géant. "Retourne sur tes pas, ce lieu n'existe pas."

Mais le chambellan continuait :
"Je sais que ce lieu existe".

Devant la certitude
du chambellan, le géant lui dit :
"Un peu plus loin dans le désert, j'ai un frère, ce frère est le préposé des vents de la Terre. Comme ils soufflent partout, peut-être qu'ils auront aperçu cette montagne d'or, sur laquelle se dresse un château de perles.
"Va et dis-lui que tu viens de ma part."

Le chambellan reprit le chemin et marcha, encore, toujours.
De nombreuses années s'écoulèrent et enfin il vit un homme immense, un géant, qui transportait un immense tronc.

Il reconnut le géant préposé aux vents.
Il lui expliqua tout.

Et de la même façon, le géant ironisa sur le fait qu'un tel lieu n'existait pas.
Le Chambellan insistait.
Le géant dit : "Je vais convoquer tous les vents et nous verrons bien."
Il les convoqua, mais aucun vent n'avait aperçu une montagne d'or sur laquelle se dressait Le Chambellan se mit à pleurer.

Soudain, un vent se faufila parmi les autres.
Le géant le regarda avec beaucoup de colère.
"Tu arrives en retard. Je convoque tous les vents et tu te permets d'arriver en retard ? Pourquoi ?"
Le vent lui expliqua : "Je suis désolé, j'ai été mis en retard, car j'ai dû transporter une princesse sur une montagne d'or sur laquelle se trouve un château de perles."
Il retrouva tous ses espoirs.
Le géant, très surpris, lui dit :
"Dans ce château, il y a beaucoup de richesses ?"
Le vent lui répondit que oui, il y avait des choses précieuses.
Le géant se tourna alors vers le chambellan et lui dit : "Tu as traversé bien des épreuves et peut-être manques-tu d'argent. Tiens, prends ce vase. A chaque fois que tu mettras la main dedans, tu en retireras de l'argent et des richesses."
Le Chambellan choisit de suivre le vent et il arriva enfin a la montagne d'or sur laquelle se dresse un château de perles.

Il eut très peur, car les soldats ne voulaient pas le laisser entrer, mais il prit le vase, introduisit sa main à l'intérieur et en ressortit des richesses avec lesquelles il soudoya les soldats.
Il entra dans le village et se fit ami avec un riche marchand qui lui proposa de rester chez lui. Il fallait rester longtemps dans la ville, car il fallait un moyen de sauver la princesse.
Il fallait de la connaissance et de la sagesse. Comment il réussit à sauver la princesse ?
Il ne le dit pas, mais ce qui est important, c'est qu'il réussit.

-Au début de ses contes, Rabbi Nahman a donné un avertissement au lecteur: "Tous les mots contenus dans ce saint livre "sont les purs secrets de la Torah, n'allez pas penser a Dieu ne plaise "que les histoires de ce livre sont de simples histoires, "elles ont été enseignées par le très saint Rabbi Nahman, "Dieu ait son âme, que son mérite nous protège, "il voulait nous enseigner comment servir le Très Haut.
Le conte sert à enseigner des choses, pas seulement à raconter une histoire et ce conte raconte l'histoire du peuple juif, et de l'exil.

-Entre autres. Rabbi Nahman avait donné une indication méthodologique, qui dit qu'on pense que les histoires sont racontées aux enfants le soir. Lui raconte des histoires pour éveiller les adultes. C'est la grande ligne d'interprétation des histoires de Rabbi Nahman. Elles sont composées de matériaux extrêmement connus, empruntés à une sorte de mythologie universelle et à un folklore.

-"La princesse perdue", c'est "La belle au bois dormant" qu'on trouve partout.

-Pas d'intérêt, apparemment, mais pourquoi ces contes me touchent en tant qu'adulte, rabbin et philosophe ? Ces contes me touchent à cause de l'usage qu'en a fait Rabbi Nahman. Ça a été replacé dans un contexte différent et dans ce contexte, ces contes prennent un sens historique à propos de l'exil et existentiel, voire anthropologique. C'est une enquête sur l'être humain et ses problèmes. Donc, cette histoire de princesse, il faut la retranscrire, la défaire de cette gangue théologique, simpliste, on pourrait dire, une princesse qu'on doit retrouver. Le premier point qui est assez difficile à résoudre en quelques phrases, c'est ce thème du roi, donc, Dieu le Créateur, et la Shekhina. C'est quoi, cette Shekhina qui disparaît à la suite d'une phrase du roi ?

-Shekhina est un concept important ça veut dire la Présence divine. Dieu fait des tas de choses, mais les rabbins dans le Talmud, la Kabbale, ont eu du mal à imaginer que Dieu fasse des choses personnellement, donc, il y a quelque chose qui est la Présence divine. On distingue ce qu'on appelle en hébreu "le Saint Béni" et Shekhina. Il ne faut pas confondre le Dieu infini et ses manifestations dans l'Histoire. Dans l'Histoire, c'est un Dieu fini car il a des actions précises, alors qu'il est infini. Donc, les rabbins ont imaginé que ce que Dieu fait dans l'Histoire, il le fait à travers ce concept de Shekhina, la "Présence". Et "Chahin" veut dire "Voisin". Donc, une partie de Dieu est notre voisin.

-Mais je dirais que cette traduction reconnue en français me dérange un peu, parce que Dieu est plus souvent absent que présent.

-Les voisins sont pas toujours là.

-Ils sont derrière la cloison.

-Dans le Talmud, il y a une discussion des rabbins, les uns disent c'est un bon ami, d'autres un bon voisin.

-Donc, premièrement, Dieu présent ou Dieu absent, ou entre présence et absence, dans un jeu de disparition.

-La princesse est la Présence divine dans le monde et elle peut disparaître. Où était Dieu à divers moments de l'Histoire ?

-Autre précision importante, car on a affaire ici à des symboles, c'est une présence désignée par une figure féminine. C'est important. "Le Saint béni soit-Il" est au masculin, la Shekhina est au féminin. C'est la part féminine du divin, ou la part féminine de l'homme. Un grand successeur de Freud qui avait un côté antisémite, Jung, distinguait entre le côté masculin de notre âme, Animus et le côté féminin, Anima. La Shekhina correspondrait à cette part féminine du divin, elle est créatrice, elle est l'origine de la vie, elle est ce qui nous donne la chaleur, la beauté, ces qualités.

-Dans les religions, on parle de Dieu le Père. Représenté avec une barbe. Dans le judaïsme, Dieu est à la fois le père et la mère, même si on dit "Notre Père qui êtes aux Cieux". Dans la Gnose, il y a des textes où Dieu est représenté comme allaitant le monde, il a une personnalité féminine.

-C'est la Shekhina et c'est cette part du divin qui a été perdue. Dieu comme concept, comme Tout-Puissant, ça reste préservé, mais le côté vécu manque.

-La Présence. Il y a le Dieu infini. D'ailleurs, dans la Kabbale, j'y faisais allusion, intangible, etc... Il y a la Présence divine sur Terre une expression importante qui revient dans la liturgie juive, "Saint", c'est celui qui est ailleurs et "Béni", il est ici. Car nous vivons de la bénédiction que Dieu nous donne.

-Donc, si cette Présence disparaît, qu'est-ce qui nous reste de Dieu ? Cette perte de la Shekhina, la princesse qui disparaît, c'est catastrophique.

-Il y a en latin un concept très connu qui appartient à l'Eglise, c'est "Deus absconditus", "le Dieu caché".

Donc, tout ce conte de Rabbi Nahman, c'est "Dieu est caché dans le monde". Ce n'est pas par hasard, en hébreu, le mot "Olam", qui désigne le monde, le temps et l'espace, vient du verbe qui signfie"cacher".

-Cachet

-Un disparu, on dit "Nelam".

-Le disparu ou la disparue. Donc, la part féminine disparue, c'est une catastrophe cosmique, anthologique, et ça représente aussi à la fois le destin de l'âme humaine, qui s'égare dans notre monde avec toutes sortes de difficultés, et en même temps, le grand drame d'Israël, qui va symboliser cette quête de la disparue.

-A travers la figure de la princesse.

-Oui.

-Il était une fois un roi qui avait 6 fils et une fille. Il aimait particulièrement cette fille. Un jour, il s'énerva contre elle et lui dit ces paroles: "Que le mal remporte." La jeune fille partit dans sa chambre, et on ne la retrouva plus. Le lendemain, tout le monde la chercha, elle était introuvable. Le roi en devint très triste. Son Chambellan décida de partir à la recherche de la princesse. Il demanda d'être accompagné par un serviteur, un cheval et il partit chercher la princesse. De nombreuses années.

-Il y a une recherche qui va se produire et ce sur quoi va insister Rabbi Nahman dans cette recherche, ce sont les obstacles rencontrés dans cette recherche. Au cours de la recherche, l'émissaire, qui peut représenter le peuple d'Israël ou tout être humain en quête de cette part divine de lui-même, va se heurter à des obstacles.

-Le Chambellan décida de la retrouver. Il se mit en route. Il chercha pendant des années. Et puis, il se mit à réfléchir. "Une montagne d'or sur laquelle se dresse un château de perles. "Cela ne peut se trouver dans le monde des humains. "Cela doit sûrement être dans le désert. Il connaissait bien la géographie. L'homme est en quête de la fille du roi.

-La vie, c'est la recherche de cette Présence. Dans l'Histoire, dans la Shoah, s'est posée la question: où est la Présence ?

-Cette part divine ne se révélera pas si l'émissaire, nous-même,

-C'est ça.

-C'est important, ce rôle. Le roi ne le met pas sur la piste en lui disant : "Elle est là-bas et je te donne tous les pouvoirs".
L'homme va se heurter à des difficultés qui sont en lui-même.

-La Présence divine n'est pas absente, c'est nous qui ne savons pas la découvrir. Pour un croyant, vous et moi, nous prions tous les jours, nous avons un sentiment très fort que Dieu est présent. Mais pour une partie de l'humanité, Dieu n'est pas présent.

-Je serai plus sévère. Même nous, à travers nos prières, peut-être qu'on se fie trop à la routine, et cette façon d'approcher la princesse, c'est pas dans un rite, c'est à travers une prise de conscience, un éveil. C'est pourquoi le 1er obstacle dans le conte, au moment où il va découvrir la princesse, il va s'endormir.

-La princesse se lamenta : "Hélas, pour un jour, pour une seule faute, "tu n'as pas réussi à me délivrer. Pars, retourne dans un endroit, "et pendant un an, supplie le Ciel "que je ne puisse plus être prisonnière. "Le dernier jour, tu pourras manger, mais surtout, ne dors pas.

-Quel est le sens de ce sommeil? On pourrait dire que notre vie, c'est une sorte de rêve éveillé. On parle, on se laisse porter par le langage, par des idées des conceptions toutes faites et par notre foi qui demande à être rafraîchie. Et tout le problème... C'est pourquoi Rabbi Nahman liait cela à des rites précis que nous connaissons tous, dans l'année juive, par exemple, ou la plupart des jours de l'année, nous sommes en pilote automatique, et il y a un moment où on doit s'arracher à cette routine, à cette torpeur et ce qui serait grave, ce serait d'arriver à un moment choisi pour le rituel... Et même à ce moment-là...

-Se rendormir après les fêtes.

-On se laisse aller au sommeil.

-Des rendez-vous avec Dieu, les fêtes juives sont appelées "Moed". Mais il y a aussi des absences entre deux rendez-vous. C'est le problème. Et le sommeil de l'homme... Dans le Talmud, un rabbin dort 70 ans.

-Honi HaMe'aguel, oui.

-Et donc, cette idée, que l'homme dort est constamment... Dans l'histoire de Jonas aussi. Le prophète Jonas dans l'histoire, est parti sur un bateau et il s'endort dans la cale. Et on lui dit "Qu'as-tu à dormir ?
De même, le verset dans lequel Dieu dit à Adam au début de la Bible "Où es-tu ?", est considéré comme un appel. Dieu demande où nous sommes. Parfois, on lui demande "Où sommes-nous ?" On peut dire que "Où en sommes", ça veut dire "Où est-ce que nous dormons ?"

-On dit que notre société est gouvernée par des hommes politiques et par des marchands de sommeil qui vendent...

-Pour nous endormir. Une des fonctions de la politique.

-C'est de ça qu'il faut s'éveiller, c'est une lutte avec soi-même. Il faut lutter sans cesse contre la pesanteur de ça.

-Alors, pour se réveiller, voilà que notre héros va consommer des fruits et boire à une source de vin.

-Sur le chemin, pour aller délivrer la princesse, il vit tout à coup une fontaine qui était particulière. Elle était jaillissante, mais l'eau était rouge et elle avait l'odeur du vin. "Regarde cette fontaine", dit-il à son serviteur. "On dirait... "Qu'elle a du vin pour eau." Il s'approcha de la fontaine et il en but un tout petit peu. Immédiatement, il sombra dans un sommeil profond. Un sommeil qui dura 70 années.

-Ça intéresse beaucoup les Français de savoir qu'il y a des sources qui donnent du vin.

-2 symboles puissants. On revient à l'histoire du jardin d'Eden, parce que la 1re perte de la Shekhina, c'est la sortie du jardin d'Eden, symbolisée par la consommation d'un fruit séduisant et tentant. La perte de la Shekhina, c'est échanger la Shekhina contre autre chose, contre ces forces de séduction qui sont dans la nature.

-Nourriture, désir,

-Cette consommation nous endort. C'est pas contre la consommation, mais contre une consommation productrice de sommeil qui va nous endormir. Et le vin, on pense à la scène de Noé, le patriarche, après le Déluge. Sorti indemne, intact moralement, mais en même temps il chute en plantant sa vigne et en buvant le vin. On retrouve le même thème avec Loth après la destruction de Sodome et Gomorrhe. Rabbi Nahman se réapproprie le thème à sa façon.

-Le thème de l'ivresse.

-Il le reprend à sa façon en disant: Dieu nous a donnés une capacité de plaisir, un corps, des sens, nous sommes victimes de cette prise de possession de notre conscience par les sens.
C'est à ça qu'il faut échapper. Avoir la maîtrise de soi.

-Le Chambellan avisa le foulard. "A qui est-il ?" demanda-t-il. Le serviteur lui dit que la princesse l'avait déposé ici et avait inscrit quelque chose avec ses larmes dessus. Le Chambellan prit le foulard, le mit au soleil et vit les inscriptions qui étaient faites des larmes de la princesse. Il réussit à lire qu'elle devait changer de lieu. A présent, elle se trouvait sur une montagne d'or sur laquelle s'élevait un château de perles. Le Chambellan décida de la retrouver. Il quitta le serviteur et se mit en route. Il chercha pendant de nombreuses années et puis, il se mit à réfléchir. "Une montagne d'or sur laquelle se dresse un château de perles. "Cela ne peut se trouver dans le monde des humains. "Cela doit être dans le désert." Il connaissait bien la géographie. Et il se mit en route. Des années passèrent et soudain, il vit un homme immense, un géant, qui transportait un tronc aussi immense que lui. Le géant s'arrêta, très étonné, regarda le Chambellan et lui dit: "Mais qui es-tu, toi ?" Le Chambellan lui dit: "Je suis un être humain". "Un être humain ?", lui dit le géant, "Cela fait fort longtemps "que j'habite ici, jamais je n'ai vu d'être humain dans la contrée." Et le Chambellan lui expliqua tout et comment il cherchait Le géant se prit à rire. "Cela n'existe pas. On t'a raconté des bêtises, des fables stupides." Le Chambellan insistait. "Cela doit bien se trouver quelque part", lui dit-il. Le géant lui dit : "Ecoute, je sais que cela n'existe pas. "Mais si tu le veux et si tu insistes, "je suis préposé aux animaux de la Terre. "Comme ils sillonnent tout l'univers, "ils pourront me dire s'il existe un endroit pareil." Il convoqua tous les animaux. Il les interrogea. Mais aucun animal n'avait vu une chose pareille,

-Cette histoire commence d'abord par la princesse perdue et elle continue par un périple où il y a des obstacles et des rencontres.

-C'est un parcours initiatique. Rabbi Nahman puise, c'est un folklore connu, l'initiation, la recherche, la quête du Graal, du trésor caché.
Il y a le parcours initiatique de l'âme qui va se relier à sa source. C'est notre Torah là-dedans, essayer de retrouver cette source. Les différentes étapes: il y a l'animalité, le prince des animaux qui a peut-être entendu quelque chose sur la princesse.

-Pendant la quête de la princesse, on rencontre des personnes qui devraient nous permettre de la retrouver, de retrouver Dieu.

-Les forces occultes, on les reconnaît bien: il y a le côté animal, ensuite, il faut s'élever, il y a l'oiseau. Il y a un parcours d'élévation et on va passer de l'oiseau...

-Il y a le géant aussi.

-Oui, le géant, un émissaire de ces forces occultes. Je n'arriverai pas a déchiffrer tous les symboles, il y a des allusions cabalistiques et il y a le vent. C'est un parcours de spiritualisation. Mais aucune de ces forces occultes ne détient le secret. On avait dit : s'arracher à la pesanteur, l'image est belle, naturelle, et le problème se retrouve toujours au niveau de l'émissaire, parce qu'il ne détient pas la clé, même lorsqu'on va le mettre sur le chemin. Le dernier symbole, c'est le palais d'or, lumineux et scintillant.

-Le palais représente la royauté, donc, il représente Dieu. On va arriver quelque part où on est plus proche de Dieu. Dans un palais, on est près du trône.

-La sagesse de Rabbi Nahman, c'est de ne pas conclure l'histoire. Il y a une note optimiste là-dedans, on peut être angoissé d'une recherche vaine. Est-ce que notre vie est une recherche du divin qui sans cesse se dérobe à notre appel? Quand on lit Rabbi Nahman, on a l'impression qu'il a été pris d'angoisse de voir cet exil et cette quête interminables. Mais il la retrouvera. Mais la note de sagesse là-dedans, c'est : il la retrouvera, mais on nous dit pas comment. Ce que Rabbi Nahman laisse entendre, c'est que chacun doit trouver la formule, il n'y a pas une clé : "Si tu dis cela, si tu fais ce geste, "le palais va s'ouvrir", ça ne marche pas comme ça. Il dit : si tu es un être de vérité, si tu échappes à la tentation de l'ivresse, alors, tu la trouveras. Elle se trouve en nous, cette Shekhina.

-C'est ça, la leçon ?

-A mon avis. Et le palais...

-Il n'y a pas de fin.

-On ne sait rien.

-Ça veut dire : "Je vais pas te le dire, à toi, lecteur. "A la fin, je te laisse sur ta faim, je te laisse dans l'attente, "car il y a cette ouverture, "et de l'extérieur, on ne pourra pas te délivrer de cela. "Si tu as suivi le parcours, cette rigueur qui nous est astreinte"... C'est le parcours des Mitsvot. Les Mitsvot demandent de réfréner notre appétit, de ne pas céder à l'ivresse, au sommeil. Tout cela est connu.

-Il y a peut-être une leçon profonde dans ce conte qui n'a pas de fin, on ne connaît pas la suite. Pourtant, le conte est intéressant, il y a des rencontres, ce conte nous raconte la vie, dans la vie, il se passe des choses, on a des consommations. C'est peut-être une leçon selon laquelle ce qui compte, c'est le voyage, pas le but. C'est un peu ça, l'idée. On vous dit : "Vous allez à Venise, "mais le plus important, c'est le voyage." Est-ce que la vie ne peut pas être comparée à un voyage ? La fin, on la connaît, mais c'est pas la fin qui est le plus intéressant dans la vie. Parce que le but de la vie, ce n'est pas réjouissant. Quelquefois, le voyage est plus important que la destination.

-On raconte cette anecdote à propos du philosophe Lessing. Le roi lui a dit: "Si je tiens Dieu dans une main, "et la recherche de Dieu dans l'autre, "que préférez-vous, cher philosophe ?" Lessing a dit : "La recherche de Dieu". Cette recherche, c'est le travail sur soi, le développement de soi, c'est notre être qui s'ouvre.

-Il y a d'autres contes de Rabbi Nahman dans ce livre. Que veut-il dire dans son oeuvre, quelle était son obsession ?

-N'oublions pas que Rabbi Nahman était l'arrière-petit-fils du Baal Shem Tov.

-Le fondateur du hassidisme.

-Il voyait déjà la Hassidout s'institutionnaliser. Ce grand message du Baal Shem Tov, un message d'ouverture absolue, à la fois à Dieu et aux personnes les plus humbles. Il voyait ce message se dissoudre, car l'institution est mortelle pour l'esprit, c'est pour cela que Rabbi Nahman n'avait pas une grande Cour, les honneurs qu'avaient les autres Rabbis.
Il était un homme angoissé. Il avait des raisons de l'être. Il voyait la montée de l'athéisme contemporain, il voyait tout ça et il voulait, comme on l'a dit, il voulait réveiller ces Hassidim, il ne voulait pas une communauté de Hassidim satisfaits d'eux-mêmes.

-D'où le rôle du sommeil et de l'éveil. Il y a beaucoup de textes dans le judaïsme sur ce concept du sommeil, qui est d'ailleurs ambivalent. Parce que c'est très intéressant que en hébreu, le mot "Rêve" se dit "Halom". Et le mot "Guérison" se dit "Hah'Lim". C'est la même racine. Il y a dans le langage hébraïque l'idée que le sommeil... Que le rêve, plutôt, le rêve permet de guérir.

-Oui
-Nous récüons un psaume dans lequel on dit... On comprend pas très bien, car le rêve, c'est quand nous sommes en exil et comme les Juifs sont retournés en Israël, ce n'est plus un rêve, c'est la réalité. Un rabbin a dit: "Il faut comprendre "Rêve" dans l'autre sens du verbe "Halom". Le rêve fait partie de la guérison. Les gens qui ne rêvent pas deviennent fous, parce que le rêve permet de vivre d'autres choses, qui sont peut-être un défoulement pour l'âme. Il est important de rêver un peu. Un peuple qui ne rêve pas, un président de la République qui n'a pas de visions, ça ne fonctionne pas.

-Rabbi Nahman, qui n'était pas un chef politique, était un grand rêveur, il nous a transmis ses rêves comme une voie de guérison, une voie d'éveil, un appel à un véritable éveil.

-La conclusion, ce sera: il n'est pas interdit de rêver, c'est même fortement recommandé. Merci.



La transcription écrite des sous-titres est aussi présentée avec TéléScoop à partir de 10' (incomplet) :
http://telescoop.tv/browse/725348/1/la-source-de-vie.html

 



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