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LA PHILOSOPHIE DE LA LIBERTE 

 PRINCIPES D'UNE CONCEPTION MODERNE DU MONDE

(Résultats de l'expérience intérieure conduite selon les méthodes de la science naturelle)

ANTHROPOSOPHIE

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AVERTISSEMENTS IMPORTANTS PAR L’AUTEUR DU RÉSUME :

 Ce résumé de 9 pages, réalisé à partir à partir d’un livre de 301 pages

ne peut en être qu’une présentation incomplète. 

Il est une invitation à lire, si vous en sentez l’intérêt, l’intégralité du livre.

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Un résumé est surtout utile à celui qui a d’abord lu avec attention le livre dans sa totalité.

Il est conseillé de compléter ce résumé par la lecture du  livre : LA PHILOSOHIE DE LA LIBERTE

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Le résumé (9 pages) ne peut être qu'un aperçu de ce livre.

 

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1) Une version du livre "LA PHILOSOPHIE DE LA LIBERTE" par Rudolf Steiner, peut être téléchargée à partir du site suivant :

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2) Une version du document "UNE ETUDE SUR LA PHILOSOPHIE DE LA LIBERTE" par Lucio Russo,  peut être téléchargée à partir du site suivant :

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IA PHILOSOPHIE DE LA LIBERTE

PRINCIPES D'UNE CONCEPTION MODERNE DU MONDE

 

 

LA PHILOSOPHIE DE LA LIBERTE

PRINCIPES D’UNE CONCEPTION MODERNE DU MONDE

(Résultats de l’expérience intérieure conduite selon les méthodes de la science naturelle)

GA 4 - Par Rudolf Steiner, 1894 ©1923 Editions Alice Sauerwein. – F-Paris - 301 pages (traduit par Germaine Claretie)

 

 

S O M M A I R E

 

- Les numéros de pages indiqués entre parenthèse à chaque chapitre correspondent aux pages de l’édition téléchargée (via Internet), © 1923.

 

 

PREFACE DE LA NOUVELLE EDITION (1918)

 

 

LA SCIENCE DE LA LIBERTE

I.                     L’ACTION HUMAINE CONSCIENTE (p. 13)

 

II.                   LE BESOIN ORGANIQUE DE LA CONNAISSANCE (p. 27)

 

III.                 LA PENSEE INSTRUMENT DE LA CONCEPTION DU MONDE (p. 37)

 

IV.                 LE MONDE COMME PERCEPTION (p. 58)

 

V.                   LA CONNAISSANCE DU MONDE (p. 86)

APPENDICE A LA NOUVELLE EDITION (1918)

 

VI.                 L’INDIVIDUALITE HUMAINE (p. 115)

 

VII.               Y A-T-IL DES LIMITES A LA CONNAISSANCE ? (p. 123)

 

 

LA REALITE DE LA LIBERTE

VIII.             LES FACTEURS DE LA VIE (p. 151)

 

IX.                 L’IDEE DE LA LIBERTE (p. 160)

 

X.                   LA PHILOSOPHIE DE LA LIBERTE ET LE MONISME (p. 191)

 

 

XII.               L’IMAGINATION MORALE (DARWINISME ET MORALITE) (p. 211)

APPENDICE A LA NOUVELLE EDITION (1918)

                                                                                                                                                                       

XIII.             LA VALEUR DE LA VIE (PESSIMISME ET OPTIMISME) (p. 227)

 

XIV.             L’INDIVIDUALITE ET L’ESPECE (p. 261)

 

 

DERNIERS PROBLEMES

APPENDICES A LA NOUVELLE EDITION (1918)

PREMIER APPENDICE 

SECOND  APPENDICE 

 

PREMIER  SUPPLEMENT (p. 284)                                                                                                                                                  

 

SECOND  SUPPLEMENT (p. 295)                                                                                                                                                          

 

 

A noter que dans le texte ‘‘résumé’’ :

- Les numéros de pages indiqués entre parenthèse à chaque chapitre correspondent aux pages de l’édition téléchargée (via Internet), © 1923.

- … x … correspond à des passages manquants, ou illisibles, du livre ‘‘La philosophie de la liberté’’ téléchargé (via Internet), © 1923.

- (*) correspond à des extraits de ‘‘La philosophie de la liberté’’, édité par la ‘‘Société Anthroposophique Branche Paul de Tarse’’, ©1986.

Possibilité d’accéder directement au chapitre choisi, en cliquant sur le nom du chapitre.

 

 

La philosophie de la liberté – Sommaire –

 

 IA PHILOSOPHIE DE LA LIBERTE - Résumé pratique (9 pages) :

 

 

 

 LA PHILOSOPHIE DE LA LIBERTE

PRINCIPES D’UNE CONCEPTION MODERNE DU MONDE

(Résultats de l’expérience intérieure conduite selon les méthodes de la science naturelle)

GA 4 - Par Rudolf Steiner, 1894 ©1923 Editions Alice Sauerwein. – F-Paris - 301 pages (traduit par Germaine Claretie)

 

PREFACE DE LA NOUVELLE EDITION (1918)

… Les sujets qui ont été traités dans ce livre se ramènent deux questions primordiales concernant la vie de l’âme humaine.

La première est celle-ci : Est-il possible de se former de l’être humain une conception qui permette de fonder sur lui, comme sur un point d’appui inébranlable, les données diverses de l’expérience de la science ?... Le doute et le jugement critique les relèguent dans… l’incertitude.

Quand à la seconde question, nous la formulerons ainsi : L’homme, en sa qualité d’être volontaire, a-t-il le droit de s’attribuer la liberté, ou bien cette liberté n’est-elle qu’une pure illusion, due à ce que l’homme ignore les liens par lesquels la nécessité enchaîne sa volonté comme elle enchaîne tous les phénomènes naturels ?... Dilemme que nous venons de poser : liberté ou détermination de la volonté humaine…

Il sera montré dans cet ouvrage que les expériences intérieures qui sont liées pour l’être humain, à la seconde de ces questions, diffèrent selon la réponse qu’il a pu donner à la première. Nous tenterons de prouver qu’il existe une conception de la nature humaine selon laquelle on peut fonder sur cette nature, avec sûreté, tout le reste de nos connaissances ; et nous tenterons ensuite d’indiquer que cette conception-là permet de justifier entièrement l’idée de la liberté du vouloir humain, à condition seulement que l’on trouve l’accès du domaine de l’âme où cette libre liberté peut réellement s’épanouir.

La conception dont nous parlons, qui permet de répondre aux deux questions posées, se transforme dans l’âme qui l’acquiert en véritable force vivante… N’a-t-on point émis ici des conclusions achevées…, on a montré le chemin expérimental d’un domaine intérieur où l’activité de l’âme humaine peut, à chaque fois qu’il en a besoin, trouver elle-même la solution renouvelée et vivifiée de ces problèmes. En effet, il suffit que nous ayons eu l’accès du domaine intérieur où ces deux questions se posent, pour que la véritable connaissance de ce domaine nous procure tous les éléments nécessaires à leur solution, et nous permette ensuite d’explorer l’ampleur et la profondeur des mystères de la vie…

Ce livre tente de légitimer la connaissance du monde spirituel avant que l’on ait l’accès de ce domaine…

 

LA SCIENCE DE LA LIBERTE

I.                     L’ACTION HUMAINE CONSCIENTE (p. 13)

… C’est contre le libre-arbitre… que se dirigent… presque toutes les attaques des déterministes… Spinoza écrit… : « … Telle est cette liberté humaine que tous prétendent posséder, et qui consiste seulement en ceci que les hommes sont conscients de leurs désirs, mais qu’ils ignorent les causes qui les déterminent… Les hommes… se tiennent pour des êtres libres, et ceci parce qu’ils ont des désirs plus forts les uns que les autres, et parce que maints de leurs désirs sont émoussés par le souvenir de quelque autre chose… » Tout ceci contient une faute de raisonnement… : Spinoza… omet de dire que l’homme prend conscience non seulement de son action, mais aussi, souvent des mobiles qui l’ont amenée… Ici, il est capital de discerner entre l’homme qui connait les mobiles de son acte et l’homme qui ne les connait pas…

Il y a encore une autre manière de voir… : « être libre, dit-on, ce n’est pas avoir la possibilité de vouloir ce que l’on veut,  mais de faire ce que l’on veut ». Cette idée a été développée… par le poète-philosophe Robert Hammerling... : « …  Sa volonté est déterminée par des motifs… Mais que signifie donc vouloir si ce n’est avoir une raison de faire ou de désirer ceci plutôt que cela ? Vouloir quelque chose sans raison, sans motif, cela signifierait vouloir quelque chose sans le vouloir… »… Or, dès l’instant qu’un motif exerce sur moi une pression invincible… l’idée de liberté a perdu toute signification… Il… s’agit… de comprendre de quelle manière ces desseins naissent en lui.

Ce qui le différencie des autres créatures organisées, c’est son intelligence, sa faculté de penser… 

Il va de soi qu’une action n’est jamais libre tant que son auteur en ignore les causes. Mais que se passe-t-il lorsque ces causes sont au contraire connues ? Et ceci nous amène à nous demander : quelle est l’origine et la nature de la Pensée ? Tant que nous n’aurons pas bien compris ce qu’est l’activité pensante de l’âme, nous ignorerons ce que signifie « connaître » ou « savoir quelque chose », fut-ce une action…

Hegel a dit : « C’est seulement avec la Pensée que l’âme… s’élève au rang d’esprit ». Rien de plus juste, et c’est également la Pensée qui donne à l’action humaine son caractère propre… La pensée, ici encore, précède le sentiment… L’amour nous ouvre les yeux sur les qualités…

On en revient toujours à se dire que l’action humaine ne peut être comprise sans qu’on ait établi d’abord l’origine et l’essence de la Pensée.

 

II.                   LE BESOIN ORGANIQUE DE LA CONNAISSANCE (p. 27)

… L’organisation de l’homme n’est pas simple… Il désire toujours plus… Il semble que nous soyons nés pour désirer sans cesse.

Un cas particulier de ce désir perpétuel, c’est notre soif de connaissanceChaque expérience nous devient énigme… En tout, nous cherchons à obtenir ce que nous appelons « l’explication » du phénomène… L’univers nous apparaît dès lors dans sa polarité : Moi et le Monde…

Ce sentiment nous incite à résoudre l’opposition qui existe entre l’univers et nous. Jeter un pont sur cet abîme, c’est le but même de toutes les activités spirituelles de l’humanité. L’histoire de l’esprit humain ne relate, somme toute, que cette recherche constante d’unité…

Lorsque du contenu du monde nous faisons le contenu de notre pensée, le pont est franchi, le rapport que nous avions brisé est rétabli…

La situation que je viens d’exposer se manifeste nettement dans l’histoire de la philosophie. Nous y trouvons un perpétuel conflit entre la conception unitaire, ou monisme, et la théorie des deux mondes, ou dualisme.

Le dualisme envisage uniquement cette séparation que la conscience humaine a tracée entre le monde et moi. C’est en vain qu’il s’efforce de réconcilier ces deux termes opposés, qu’il les appelle « esprit et matière », « sujet et objet », ou « pensée et phénomène »…

L’homme, alors qu’il se sent un moi, ne peut faire autrement que de le ranger du côté de l’esprit. Puis, opposant à ce moi le monde extérieur, il implique en ce dernier l’ensemble des perceptions sensibles, c’est-à-dire le monde matériel. Par là… s’introduit… l’opposition…

Le monisme au contraire ne considère que  l’unité, et s’efforce de nier ou d’atténuer toute opposition. Or  aucune… ne rend bien compte des faits…

Le dualisme envisage l’esprit (moi) et la matière (monde) comme deux entités profondément différentes, et, ce faisant, il se condamne à ne point expliquer leurs actions réciproques… Le monisme… ou bien il nie l’esprit, et se nomme matérialisme ; ou bien il nie la matière et devient spiritualisme ; ou encore il affirme que la matière et l’esprit sont indissolublement liés jusque dans le plus petit atome…

Le matérialisme ne pourra jamais fournir une explication rationnelle du monde… Comment la matière est-elle amenée à penser sur elle-même ?...

Quant au pur spiritualiste… Pour ce monde sensible… il n’y a pas de chemin d’accès spirituel vers ce moi ; il lui faut se manifester par l’intermédiaire de phénomènes matériels. Or… comment les trouvera-t-il en lui, qui est d’essence purement spirituelle ?...

La troisième forme du monisme est celle qui considère l’élément primitif (atome) comme réunissant en lui les deux réalités de l’esprit et de la matière. Ceci n’est pas une solution… Pourquoi l’atome, s’il est une unité, se manifeste-t-il selon deux modes ?

L’opposition… se produit d’abord dans notre conscience… C’est nous qui opposons notre moi au monde…En nous détachant de la nature, nous avons emporté quelque chose d’elle et l’avons gardé au tréfonds de notre être. C’est ce quelque chose qu’il nous faut rechercher…

Lorsque nous aurons connu la Nature en nous-mêmes il nous sera facile de la retrouver à l’extérieur. Ce qui, dans notre être intime, lui est semblable, nous servira de guide… C’est par l’investigation intérieure que nous tenterons de résoudre l’énigme

p. 1/9  - La philosophie de la liberté

III.                 LA PENSEE INSTRUMENT DE LA CONCEPTION DU MONDE (p. 37)

… L’observation et la pensée sont les deux points de départ de toute l’activité spirituelle de l’homme, au moins dans les limites où celui-ci prend conscience d’elle… Les philosophes ont pris leur point de départ dans certaines antithèses telles que l’idée et la réalité, le sujet et l’objet, l’apparence et la chose en soi, le moi et le non-moi, l’idée et la volonté, le concept et la matière, la force et la matière, le conscient et l’inconscient. Nous allons montrer que l’opposition de l’observation et de la pensée est infiniment plus importante… et… doit primer…

Pour ce qui est de l’observation, disons que notre constitution humaine nous en donne le besoin… L’observation précède la pensée…

C’est par l’observation que nous pouvons apprendre à connaître la pensée…

La sensation, la perception, la conception, le sentiment, l’acte volontaire, le rêve et la création imaginaire, la représentation, le concept, l’idée, tout le contenu de notre vie intérieure, y compris les illusions et les hallucinations, tout nous est donné à travers l’observation.

Cependant notre pensée est un objet d’observation qui se distingue essentiellement de tous les autres… Je ne l’observe pas au même instant…

Tandis que l’observation des objets et des phénomènes et l’acte de penser sont absolument communs et remplisse notre vie courante, l’observation de la pensée est au contraire comme un état d’exception. Voici un fait dont nous devons reconnaître toute l’importance…

Un des caractères frappants de la pensée, c’est qu’elle est une activité dirigée sur les autres objets, mais non point sur la personne pensante…

Le fait saillant… est que la personnalité pensante oublie la pensée pendant le temps qu’elle l’exerce ; l’objet de sa pensée l’occupe,… non sa pensée… La première observation… sur la pensée… : elle est l’élément inobservé de notre vie spirituelle ordinaire… Parce qu’issue de notre propre activité… Pendant que je pense, je ne vois pas ma pensée que j’engendre, mais je vois les objets de ma pensée, que je n’engendre pas… Je ne puis prendre, comme sujet de réflexion, que les expériences faites au moment où je pensais…

Pour qu’il en soit autrement, il faudrait que je me scinde en deux personnalités ; l’une qui penserait, l’autre qui la regarderait penser. Cela, je ne le puis. Les deux actes ne se peuvent accomplir que séparément. La pensée que je me propose d’observer n’est jamais celle qui va s’exercer pour cette observation, mais une autre : ce sera, si je veux, la pensée que j’ai eue antérieurement, ou…

Il y a deux actes qui s’excluent mutuellement : engendrer une chose, et s’opposer à cette chose dans la lumière de la connaissance…

Dieu emploie six jours à créer le monde… le contempler… Pour notre pensée. Il faut qu’elle soit là, avant que nous puissions commencer à l’observer. De cette particularité, il résulte que notre pensée nous semble être une activité plus immédiate et plus intime que toute autre…

Le matérialiste ne s’explique pas la pensée… il ne la voit même pas. Cependant, tout être humain, normalement doué, peut arriver à l’observer, s’il y met de la bonne volonté. Et c’est là l’expérience la plus importante qu’il lui soit donné de faire. Car il saisit alors une chose dont il est l’auteur. Il cesse de s’opposer à un objet étranger, pour se trouver en face de sa propre activité… Il a gagné un sol ferme, un point de départ certain, et, dès lors, il lui est permis d’espérer une explication du reste de l’univers… Je pense, donc je suis…

Il faut commencer par se mettre résolument à penser, et, ensuite, grâce à l’observation de ce qu’on a fait, on en vient à connaître l’activité pensante… Jusqu’ici, j’ai parlé de la pensée sans faire allusion à la conscience humaine qui en est le porteur…

Il est indéniable qu’avant de comprendre quoi que ce soit, il faut comprendre la pensée. Le contester, c’est oublier qu’on est un être humain…

 

IV.                 LE MONDE COMME PERCEPTION (p. 58)

… La pensée donne naissance à des concepts et à des idées. Qu’est-ce qu’un concept ?  On ne peut en donner la définition. On peut seulement faire remarquer à l’homme qu’il a des concepts… Lorsque l’objet disparaît du champ d’observation, son pendant idéel demeure…

Plus notre expérience s’accroît, plus la somme de nos concepts augment…Ne sont pas isolés les uns des autres… Un tout harmonieux…

Les concepts, les idées, présupposent l’existence de la pensée. On ne saurait donc étendre aux concepts ni aux idées ce que j’ai dit de la nature absolument irréductible et spontanée de la pensée… Le concept ne saurait être tiré de l’observation… Les concepts s’ajoutent à l’observation…

Lorsque j’uni le concept d’effet à celui de mon observation, que je me sens porté à dépasser cette observation et à chercher sa cause…

L’observation suscite la pensée, mais c’est seulement cette dernière qui nous apprend à relier nos expériences les unes aux autres…

Il… faut… transporter notre étude, de la pensée à l’être qui pense. C’est par ce dernier que la pensée est reliée à l’observation… La conscience humaine… est la médiatrice entre la pensée et l’observation… Tant qu’il observe les objets, l’homme aperçoit ces objets comme donnés ; lorsqu’il pense, il s’aperçoit lui-même comme une activité. Il considère donc, d’une part, le monde des objets, de l’autre, son sujet pensant.

C’est parce qu’il dirige sa pensée sur les données de son observation, qu’il a conscience des objets ; et c’est parce qu’il dirige sa pensée sur les données de son observation, qu’il a la conscience de lui-même, ou conscience du moi. La conscience humaine est nécessairement une conscience du moi, parce qu’elle est une conscience pensante. Car lorsque la pensée dirige son regard sur sa propre activité, elle trouve, devant elle, comme objet, son être le plus intime et le plus irréductible, autrement dit, son sujet… La pensée est au-delà du sujet et de l’objet…

Je n’ai aucunement le droit de dire que mon sujet individuel pense, mais bien plutôt qu’il existe grâce à la pensée…

C’est là-dessus que se fonde la double nature de l’homme : par la pensée il s’embrasse lui-même ainsi que tout l’univers. Mais, en même temps, l’acte de penser le détermine lui-même en face de cet univers, dans son rôle d’individu…

L’objet… comment pénètre-t-il dans cette conscience ?… Cet être percevrait un agrégat de sensations… : couleurs, sons, pressions, chaleur, goût, odeur puis des sentiments de plaisir et de déplaisir… résultat de la pure observation… Trouver la relation qui peut unir le contenu perceptible… et notre sujet conscient… Le mot : « perception »… les objets immédiats… dans la mesure où le sujet conscient en prend connaissance par une observation. Ainsi, je ne désigne point sous cette appellation le processus de l’observation, mais son objet

Je ne choisis pas, à sa place, le mot : « sensation », parce qu’il a en physiologie un certain sens moins étendu que ce que j’entends par  « perception ». Un sentiment que j’éprouve… me fournit parfaitement une perception, mais non point une sensation au sens physiologique…

Mes images de perception sont donc, tout d’abord, subjectives… L’homme du commun croit que les objets, tels qu’il les perçoit, existent réellement en dehors de sa conscience… Nos perceptions sont… des modifications de notre organisme et non point des « choses en soi »…

Lorsque ces phénomènes extérieurs excitent mes nerfs périphériques, j’éprouve des sensations thermiques, et lorsqu’il s’adresse à mon nerf optique, j’éprouve des sensations lumineuses et colorées. La lumière, la couleur, la chaleur sont… les modes de réaction de mes nerfs sensitifs…

Même le toucher… Je suis en dehors du corps, et je ne perçois que ses effets sur mon organisme… Il semble… que ces organes sensoriels nous livrent ce qui se passe en eux, mais ne nous apprennent rien du monde extérieur. Chacun… détermine les perceptions d’après sa… nature.

Il ne peut y avoir non plus aucune connaissance directe des phénomènes que les objets provoquent dans nos organes des sens…

Le phénomène extérieur a subi toute une série de transformation avant de parvenir à notre conscience… Le cerveau ne transmet… à la conscience ni les phénomènes extérieurs, ni ceux qui ont leur siège dans les organes sensoriels, mais seulement ceux qui ont leur siège dans le cerveau lui-même. Et même ceux-là, l’âme ne saurait les saisir directement. Ce que nous avons dans notre conscience… c’est une sensation…

 Ma sensation de rouge n’a aucune ressemblance… Cette expérience subjective n’est qu’un effet, dont la cause est le phénomène cérébral...

Avec les sensations isolées que lui transmet le cerveau, l’âme construit les corps extérieurs… Monument de la pensée… qui s’écroule

La couleur n’existe pas non plus dans l’œil ; car il n’y dans l’œil qu’un processus physique ou chimique, qui est conduit par le nerf optique…

Je n’ai aucun droit de parler d’un œil réel, mais seulement de ma représentation d’un œil… Sans perception il n’y a pas non plus d’organe...

La théorie… de ce chapitre… se nomme « idéalisme critique » par opposition à la conception primitive de la conscience ordinaire, qu’elle appelle « réalisme primitif ». [Elle] commet la faute d’attribuer à une certaine perception un caractère de pure représentation, tandis qu’à l’égard d’autres perceptions, elle en demeure elle-même au stade de ce soi-disant « réalisme primitif », qu’elle prétendait combattre…

L’idéalisme critique est absolument impropre à former notre opinion sur le rapport de la perception à la représentation. Il ne saurait entreprendre la solution du problème que nous avons posé… Il faut chercher cette solution par d’autres méthodes…

p. 2/9  - La philosophie de la liberté

V.                   LA CONNAISSANCE DU MONDE (p. 86)

Il ressort… qu’il est impossible de démontrer, par l’examen du contenu de nos perceptions, que ces dernières sont de pures représentations…

Il y a… une activité qui se comporte vis-à-vis de la perception comme la veille se comporte vis-à-vis du rêve. Cette activité, c’est la pensée…

Comment la pensée se comporte-t-elle vis-vis de la  perception ?... La raison pour laquelle, durant l’observation des choses, nous laissons généralement passer inaperçu le rôle de la pensée. Cela résulte du fait que notre attention se fixe sur l’objet que nous pensons, et ne peut s’appliquer en même temps à la pensée elle-même. C’est pourquoi la conscience de l’homme simple traite la pensée comme une activité qui n’a rien à voir avec les objets, une activité qui demeure à part de ceux-ci et qui se borne à les considérer…

C’est à cause de notre limitation que nous voyons sous forme de multiplicité, ce qui, en réalité, est une unité…

Je suis un être double. Je suis enfermé dans ces limites que je perçois comme étant celles de ma personnalité ; mais je suis porteur d’une activité qui, du haut d’une sphère supérieure, détermine mon existence… Notre pensée n’est pas individuelle comme notre sensibilité…

Les hommes se distinguent les uns des autres par les nuances particulières dont ils revêtent l’essence universelle de la pensée…

Le concept unique du triangle ne devient pas multiple par le fait qu’il soit pensé par des esprits multiples. La pensée… est… une unité…

Tant que nous avons des sensations, des sentiments, et des perceptions, nous sommes isolés ; mais lorsque nous pensons, nous sommes l’être unique et indivisible qui pénètre tout. Telle est la raison profonde de notre dualité

La soif de connaître résulte précisément en nous de ce que la pensée, présente en nous, dépasse notre existence particulière et se rapporte à la vie universelle du cosmos. Les êtres dépourvus de pensée ignorent la soif de connaître… Il ne se pose en eux nulle question…

Au contraire, chez les êtres pensants, les objets extérieurs font surgir le concept. Il est… celui que nous recevons… du dedans de notre être.

L’équilibre et l’union des deux éléments, l’un extérieur, l’autre intérieur, tel est le but même de la connaissance.

Par conséquent, la perception n’est pas une chose achevée ni complète en soi, mais seulement une face de la réalité totale. L’autre face, c’est le concept. L’acte de connaissance est la synthèse de la perception et du concept. Perception et concept, à eux deux, forment la totalité de l’objet…

Il est inutile de chercher, dans les êtres particuliers qui composent l’univers, un autre élément commun que l’élément idéel fourni par la pensée…

Nous ne trouvons la personnalité limitée, humaine, qu’en nous ; nous ne trouvons la force et la matière que dans les choses extérieures…

En ce qui concerne la volonté, elle ne peut être considérée que comme la manifestation active de notre personne limitée…

Les actions de notre corps ne nous sont connues que par des auto-perceptions. Dès que nous voulons connaître leur nature, nous ne le pouvons que par l’auxiliaire de la pensée, c’est-à-dire en les incorporant au système idéel de nos concepts

L’idée que la pensée est une chose abstraite, privée de réalité concrète, est profondément ancrée dans la conscience courante des hommes ; l’on croit le plus souvent que cette pensée est apte tout au plus à nous donner un « pendant » idéel de l’unité du monde, mais non point cette unité elle-même…

Tant que l’on en juge de la sorte, c’est que l’on ne s’est point rendu compte de ce qu’est la perception sans le concept…

La simple vue de ces animaux, la perception, ne me donne aucun élément concret capable d’enseigner quelle est la perfection de leur organisme. Ce contenu concret, la pensée l’apporte à la rencontre de la perfection ; elle le puise au monde des concepts et des idées

Contrairement au contenu  perceptif qui nous est donné du dehors, le contenu idéel apparaît en nous. Nous appellerons intuition la forme sous laquelle il apparaît de prime abord. L’intuition est à la pensée ce que l’observation est à la perception.  Intuition et observation sont les sources de notre connaissance… La pensée nous permet de refondre en un tout ce que la perception avait séparé…

Hors de la pensée et de la perception, rien ne nous est directement donné… Qu’arrive-t-il lorsqu’on part de la nature absolue de la pensée ?...

Les vibrations qui transmettent le son dans l’air me sont données à titre de perceptions comme le son lui-même. Seule la pensée organise ces perceptions et les montre dans leurs relations réciproques.

La relation des objets de perception à un sujet percepteur est purement idéelle, c’est-à-dire, elle ne peut s’exprimer qu’en concepts…

Tous les efforts que l’on peut faire pour trouver entre les perceptions autre chose que des relations de pensée, sont d’avance condamnés à l’échec.

Qu’est-ce donc que la perception ?... La perception se manifeste toujours par un contenu précis et concret… Cette faculté d’engendrer une image est… inséparable de moi. La psychologie nomme cette image une représentation de la mémoire, mais elle est la seule chose que l’on puisse à bon droit nommer une représentation. Elle résulte du changement provoqué en moi par la présence de la table…

La représentation est donc une perception subjective, par opposition à la perception objective qui se fait en présence de l’objet…

Il ne s’agit plus maintenant que de préciser le concept de représentation… On ne peut agir… que lorsque l’on connaît l’objet…

APPENDICE A LA NOUVELLE EDITION (1918)

… Il faut remarquer qu’il existe, intérieurement à ce qu’on perçoit du monde et à ce qu’on perçoit en soi-même, un principe inattaquable devant lequel la représentation ne saurait s’interposer pour nous en dérober la vue. Ce principe, c’est la pensée

 

VI.                 L’INDIVIDUALITE HUMAINE (p. 115)

… Certes, nous ne sommes pas les choses extérieures, mais nous et elles faisons partie d’un seul et même univers…

A l’instant où une perception apparaît dans le champ de ma conscience, ma pensée entre en activité. Un certain membre de mon système idéel, une certaine intuition, un concept, s’associent à ma perception. Lorsqu’ensuite, la perception s’éteint, que me reste-t-il ?...

La représentation n’est pas autre chose qu’une intuition rapportée à une certaine perception, un concept qui fut une fois lié à une perception, et auquel demeure attaché le souvenir de cette perception… La représentation est donc un concept individualisé…

La pleine réalité d’une chose nous est donnée, au moment où nous l’observons, par l’union du concept et de la perception…

La représentation occupe une place intermédiaire entre la perception et le concept. Elle est le concept défini, attaché à une perception précise.

La somme des représentations que je puis former, c’est ce que je puis nommer mon expérience…

Un homme auquel manque tout pouvoir d’intuition n’est pas capable d’acquérir de l’expérience. Il oublie les objets dès qu’ils sortent de son champ d’observation, parce qu’il lui manque les concepts à leur relier…

Un homme dont la pensée est normale, mais dont les organes des sens fournissent des perceptions imparfaites, est également incapable d’amasser de l’expérience… Il peut… acquérir des concepts…, mais il manque à ses intuitions la relation vivante avec des choses perçues…

Le voyageur inintelligent, et le savant plongé dans des conceptions abstraites, sont également inaptes à s’enrichir d’une véritable expérience…

La réalité s’offre à nous dans l’union de la perception et du concept. La représentation est la figure subjective de cette réalité…

Penser et sentir, ce sont les deux activités relatives aux deux natures de l’homme auxquelles nous avons déjà fait allusion : par la pensée, l’homme participe au devenir cosmique ; par le sentiment, il se retire dans l’intimité de son propre être…

Notre pensée nous unit au monde ; notre sentiment nous ramène en nous-même et fait de nous un individu. Si nous n’étions capables que de penser et de percevoir, notre existence s’écoulerait dans une monotonie indifférente… Mais, à cette connaissance du moi, s’ajoute le sentiment du moi, s’ajoute le sentiment du moi ; à la perception des choses, s’unit de la joie ou de la douleur ; et par là seulement, nous sommes des êtres individuels, dont l’existence ne consiste pas uniquement en un rapport conceptuel avec les autres êtres…

Plus nous nous élevons dans le domaine général de la pensée, où l’individuel finit par ne plus être qu’un certain exemple du concept, plus se perd en nous le caractère personnel. Au contraire, plus nous nous enfonçons dans les profondeurs de nous-même, plus nous laissons résonner à chaque expérience l’écho de nos sentiments, plus nous nous isolons de l’être universel…

Une vie sentimentale dépourvue de toute pensée perdrait bientôt tout contact avec le monde. Chez l’homme capable de se réaliser pleinement, la connaissance des choses va de pair avec le développement et l’affinement de la vie sentimentale.

C’est par le sentiment que les concepts commencent à s’animer d’une vie concrète.

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VII.               Y A-T-IL DES LIMITES A LA CONNAISSANCE ? (p. 123)

L’homme emprunte les éléments de sa connaissance à deux sources, qui sont la perception et la pensée

Appelons « monde des apparences » l’aspect sous lequel nous apercevons l’univers avant que notre connaissance lui ait rendu sa forme réelle. Alors nous pourrons dire que le monde nous présente une dualité mais que notre connaissance en recompose l’unité.

Une philosophie qui part de ce principe peut être nommée monisme. La théorie adverse est celle des deux mondes, le dualisme.

Cette dernière suppose, non pas deux moitiés séparées par nous, d’une seule réalité, mais deux réalités absolument différentes. Il cherche ensuite, dans l’un de ces deux domaines, les bases d’une explication de l’autre. Le dualisme repose sur une fausse définition de la connaissance. Il sépare l’être total en deux domaines extérieurs l’un à l’autre, et entre lesquels aucun contact n’est possible…

Toute modalité d’être qui échappe au domaine de la perception et du concept, est à rejeter à titre d’hypothèse injustifiée. C’est dans cette catégorie que rente la « chose en soi »… Que ce dualisme, qui se sert d’un concept d’ »en soi », totalement vide, soit impuissant à expliquer le monde, c’est ce qui s’ensuit de la définition de e principe, telle que nous l’avons donne plus haut.

Le dualisme se voit toujours obligé d’assigne à notre pouvoir de connaître d’infranchissables limites. Au contraire, le monisme sait que tous les éléments nécessaires à la compréhension d’un phénomène existent et sont perceptibles quelque part dans le monde…

La connaissance n’est pas un évènement cosmique quelconque, c’est une affaire que l’homme règle avec lui-même.

Les choses ne demandent pas à être expliquées. Elles existent et agissent les unes sur les autres d’après certaines lois, que la pensée peut trouver. Elles existent indissolublement liées à ces lois. Notre personnalité les rencontre et ne saisit d’elles, tout d’abord, que ce que nous avons défini sous le nom de perception. Mais dans notre personnalité réside aussi la force de saisir l’autre partie de la réalité. Lorsque le moi a su réunir en lui les deux éléments… indissolublement liés,… alors le besoin de connaître trouve sa satisfaction : le moi  a retrouvé la réalité.

Les conditions premières de l’apparition de la connaissance concernent donc le moi. C’est lui qui se pose à lui-même des questions…

Lorsque nous nous posons des questions auxquelles la réponse est impossible, c’est que quelque chose manque à la clarté et à la logique de nos questions, car ce n’est pas le monde qui les pose, c’est nous-même…

Le dualisme… subdivise les deux facteurs de la connaissance, perception et concept, en quatre facteurs : 1° L’objet en soi ; 2° la perception que le sujet a de l’objet ; 3° le sujet ; 4° le concept qui ramène la perception à son objet en soi

Le dualisme divise donc l’acte de connaissance en deux parties : l’une, production de l’objet de perception par la chose en soi, se passe hors de la conscience. L’autre, réunion de la perception au concept et de celui-ci à l’objet, se passe dans la conscience…

L’homme simple (réaliste primitif) considère les objets de l’expérience extérieure comme des réalités… A son avis, une chose n’agit sur une autre chose que si l’un peut percevoir une force qui naît de l’une et agit sur l’autre… Pour la conscience primitive, l’expérience idéelle, malgré son caractère absolu, paraît moins réelle que l’expérience sensible… L’homme simple exige, en plus du témoignage idéel de la pensée, le témoignage réel des sens… Le Dieu qui nous est donné n’est pour la conscience primitive, qu’un Dieu « imaginé »…

Ce qui s’est affirmé, c’est l’espèce tulipe. Or, cette espèce n’est pour le réalisme primitif, qu’une idée irréelle. Cette philosophie se voit donc obligée d’admettre que les réalités naissent et disparaissent, tandis que les idées soi-disant irréelles, s’affirment au regard. Force lui est donc d’admettre, à côté de la perception, certaines valeurs irréelles. Il lui faut accepter des réalités qu’il ne saurait percevoir. Il s’en excuse vis-à-vis de lui-même en attribuant à ces réalités un mode d’existence analogue à celui des objets sensibles. Ces réalités hypothétiquement admises sont, dès lors, les forces invisibles grâce auxquelles les choses perceptibles (sensibles) agissent les unes sur les autres…

Pour le réalisme primitif, le monde réel est une somme de perceptions. Pour le réalisme métaphysique, il faut ajouter à la réalité des perceptions celles des forces invisibles ; le monisme remplace ces forces par les rapports idéels que la pensée nous fait acquérir. Ces rapports idéels, ce sont les lois de la nature. Une loi naturelle n’est pas autre chose que l’expression conceptuelle d’un rapport entre certaines perceptions…

 

 

LA REALITE DE LA LIBERTE

VIII.             LES FACTEURS DE LA VIE (p. 151)

… L’école philosophique que nous venons de définir, la philosophie du sentiment, est souvent désignée sous le nom de mystique…

L’erreur d’une conception mystique basée sur le sentiment seul, c’est qu’elle veut « éprouver » ce qu’il s’agit de « connaître », et qu’elle veut élever un principe individuel, le sentiment, au rang de principe universel.

Le sentiment, en effet, est un fait purement individuel, dans la mesure où cette relation constitue une expérience purement subjective

Il y a encore une autre manifestation de la personnalité humaine. Le « moi » participe par la pensée à la vie générale de l’univers ; par elle, il rapporte idéellement (conceptuellement) les perceptions à lui-même et lui-même aux perceptions. Dans le sentiment, il ressent une relation des objets à son sujet ; dans la volonté, c’est le contraire qui arrive. La volonté nous apporte également une perception, qui est celle du rapport individuel de notre « moi » aux objets. Ce qui, dans la volonté, n’est pas un facteur idéel, est simplement un objet de perception…

Cette école est la philosophie de la volonté (théisme)… Cette philosophie ne mérite pas plus le nom de science que la mystique du sentiment…

Toutes deux affirment qu’on ne saurait pénétrer dans l’essence du monde par des actes purement conceptuels…

Notre connaissance a deux sources, celle de la pensée, et celle de la perception qui prend un caractère individuel dans le sentiment et dans la volonté…

La philosophie de la volonté devient « réalisme métaphysique » lorsqu’elle introduit la volonté jusque dans des sphères d’existence où on ne peut plus la percevoir directement… La philosophie de la volonté tombe sous la critique que nous avons faite dans le précédent chapitre…

APPENDICE A LA NOUVELLE EDITION (1918)

… Si on s’élève jusqu’à vivre vraiment dans la pensée, on s’apercevra qu’on ne peut aucunement comparer les effusions de la pure sentimentalité, ni la force de l’élément volontaire, à cette richesse intérieure, à ces expériences à la fois concentrées et mobiles qui constituent cette vie dans la pensée, - à supposer que l’on ait été tenté de placer ces deux activités au-dessus de la pensée…

 

IX.                 L’IDEE DE LA LIBERTE (p. 160)

… Le rapport du concept à la perception est déterminé, immédiatement et objectivement, par la pensée. Connu qu’après l’acte de perception…

Lorsqu’il s’agit de la connaissance, et du rapport qu’elle établit entre l’homme et le monde, tout se passe différemment…

L’homme qui observe la pensée vit directement, à l’instant où il l’observe, au sein d’une essence spirituelle qui subsiste par elle-même…

Dans l’observation de la pensée, les deux termes dont l’apparition était alors forcément séparée (concept et perception) se trouvent réunis en un seul… L’essence qui se manifeste dans notre conscience sous la forme de pensée n’apparaît plus alors comme un regard fugace des choses, mais comme une réalité spirituelle reposant absolument sur elle-même.

Et, de cette réalité, l’on peut dire qu’elle se fait connaître à l’homme par une intuition. L’intuition consiste à vivre consciemment dans un monde purement spirituel. C’est seulement par un acte intuitif que l’essence de la pensée peut être saisie.

Et c’est seulement lorsqu’on a connu cette essence par un tel acte intuitif, que l’on peut commencer à juger de l’organisation physique et psychique de l’homme. On aperçoit alors que cette organisation ne saurait rien changer à l’essence de la pensée…

L’organisme n’a aucune influence sur elle [la pensée], mais il s’efface, pour ainsi dire, lorsqu’elle entre en activité…

On voit, d’après cela, que l’organisme de l’homme forme, en un certain sens, un pendant avec la pensée ; cette notion est de toute importance pour bien comprendre ses rapports avec elle, et le rôle qu’il joue dans sa genèse…

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Si l’organisation humaine ne participe pas à l’essence de la pensée, quel est, en définitive, son rôle dans la constitution de l’entité humaine globale ?

Or, les phénomènes que la pensée provoque dans l’organisation physique et psychique de l’homme sont sans rapport avec l’essence même de la pensée, mais contribue à la formation de la « conscience du moi », telle qu’elle surgit de l’acte pensant…

Le vrai « moi » est réellement compris dans l’essence de la pensée, mais non pas la « conscience du moi »... Si le « moi » se trouve exister dans la pensée, la conscience de ce « moi » surgit, par contre, du fait que la pensée imprime ses traces dans la conscience ordinaire…

(C’est donc grâce à l’organisme que l’homme prend conscience du « moi », mais qu’on n’en déduise pas que cette conscience du moi, une fois apparue, demeure indépendante de cet organisme. Il n’en est rien. Une fois apparue, la conscience du moi entre dans le domaine de la pensée et en partage dorénavant la nature spirituelle.)… La conscience du moi est bâtie sur l’organisme.

C’est de lui que découlent les actes volontaires… Dans un acte volontaire, il faut considérer : le motif et le mobile.

Le motif est un facteur conceptuel ou représentatif. Le mobile est un facteur qui dépend directement de l’organisme humain.

Le facteur conceptuel, ou motif, est le déterminant momentané du vouloir. Le mobile est une causalité durable qui fait partie de l’individu.

Un concept pur, ou une représentation (concept individualisé), peuvent devenir des motifs par le fait qu’ils influencent l’être humain…

Néanmoins, le même concept (ou la même représentation) agira autrement sur différentes personnes, et amènera… des vouloirs divers.

Le vouloir ne résulte donc pas seulement de la représentation ou du concept, mais aussi de l’idiosyncrasie de chaque homme, - nous nommerons ainsi les « aptitudes caractéristiques »… De quoi ces « aptitudes caractéristiques » sont-elles formées ? du contenu plus ou moins fixe de notre vie subjective, de la somme de nos représentations et de mes sentiments personnels.

Or, la somme de mes représentations est conditionnée par la somme de concepts qui, le long de ma vie, se sont adjoints à mes perceptions, c’est-à-dire sont devenus des représentations. Elle dépend donc de ma faculté d’intuition, qui est plus ou moins grande, et de mon champ d’observation ; autrement dit, du facteur subjectif et du facteur objectif de mon expérience : facultés intérieures et milieu.

Quant à mes sentiments, ils déterminent nettement mes « aptitudes caractéristiques ». Selon qu’une représentation me cause de la joie ou de la peine, elle peut devenir, ou no, motif de mon vouloir. Tels sont les éléments qui entrent dans la genèse de l’acte volontaire.

La représentation immédiatement présente ou le concept, en devenant motif, fournissent le but, la fin de mon vouloir.

Mon « idiosyncrasie » m’invite à orienter mon activité vers cette fin. Par exemple : la représentation d’une promenade à faire pendant la demi-heure qui vient détermine le but de mon action, mais elle ne devient un motif de vouloir que si elle rencontre en moi une idiosyncrasie appropriée, c’est-à-dire si toute ma vie précédente m’a amené à reconnaître l’utilité des promenades, la valeur de la santé et, enfin, si la représentation de promenade éveille en moi un sentiment de joie.

Nous avons par conséquent à distinguer :

1° les « aptitudes caractéristiques » possibles, qui permettent à tels concept ou telles perceptions de devenir des motifs ;

2° les concepts et les représentations possibles, capables d’influencer mes dispositions de caractère jusqu’à amener un vouloir.

Les premières conditions sont les mobiles, et les secondes, les fins de notre conduite morale.

Les mobiles de notre conduite morale peuvent être trouvés par l’examen des éléments constitutifs de notre vie individuelle.

La première phase de cette vie individuelle est la perception [le percevoir] et, plus exactement, la perception par les sens… sans qu’intervienne ni sentiment, ni concept. Les mobiles de cet ordre sont généralement nommés appétits [pulsions]. La satisfaction de nos besoins animaux et inférieurs (faim, désir sexuel, etc.) s’accomplit de cette manière. La caractéristique de ce stade de vie, c’est la manière immédiate dont une perception isolée y détermine un vouloir. Ce mode de détermination, qui originellement, s’applique dans la vie proprement sensuelle, peut également s’étendre à des actes plus élevés. Il arrive que nous agissions immédiatement après une perception, sans y réfléchir et sans que rien se produise dans notre vie sentimentale ; par exemple, les conventions de la vie sociale appellent de tels actes, et l’on peut embrasser leurs mobiles sous le nom général de tact ou de goût moral. Plus ces actes se répètent plus le sujet devient apte à les accomplir sous la pure influence du tact, c’est-à-dire que le tact devient une de ses aptitudes caractéristiques.

La seconde sphère de la vie humaine est celle du sentiment [le sentir]. Aux perceptions du monde extérieur s’adjoignent certains sentiments, et ceux-ci peuvent devenir mobiles d’action. Lorsque, par exemple, je vois un homme affamé, mon sentiment de pitié peut constituer un mobile d’action. Citons de tels sentiments : la honte, le remord, la pitié, le désir de vengeance, la reconnaissance, la pitié, la fidélité, l’amour, le sentiment du devoir.

La troisième sphère de la vie est celle de la pensée [le penser] et de la représentation. Il se peut qu’un concept ou une représentation devienne mobile d’action à la suite d’une pure réflexion. Des réflexions deviennent des mobiles par le fait que nous ne cessons, au cours de notre vie, de rattacher des buts d’action à des perceptions, et que ces perceptions se répètent sous une forme plus ou moins inchangée.

Il y a donc chez l’homme doué e quelque expérience, des perceptions précises qui appellent inévitablement l’idée de certaine action, parce que, dans des cas semblables, il l’a exécutée ou l’a vu exécuter. Ces idées d’action l’accompagnent dorénavant comme des modèles déterminants, et font partie de ses aptitudes caractéristiques. On peut dire que les mobiles de ce genre forment l’expérience pratique de l’homme.

Cette expérience pratique se fond peu à peu dans ce que nous avons nommé le tact, car l’homme arrive à lier si étroitement, à certaines situations de la vie, certaines images typiques d’action, qu’il saute bientôt par-dessus toute réflexion et exécute l’acte d’une façon immédiate.

Le stade supérieur de la vie individuelle, c’est la pensée purement conceptuelle, sans rapport avec aucun contenu de perception. Nous déterminons alors le contenu d’un concept par une intuition pure, nous le tirons entièrement de la sphère idéelle. Un tel concept est, à l’origine, sans rapport avec aucune perception. Or, dans le cas où nous déterminons notre vouloir d’après une représentation (c’est-à-dire d’après un concept relatif à une perception), c’est en dernière analyse, la perception qui nous détermine Mais lorsque nous agissons sous l’influence d’une intuition, notre mobile est la pensée pure. Comme on a l’usage, en philosophie, d’appeler la pure faculté pensante raison, il nous paraît juste de nommer le mobile que nous venons de définir raison pratique. On en trouve l’étude la plus claire dans Kreyenbühl…

Kreyenbühl définit les mobiles… comme un a priori pratique, c’est-à-dire une impulsion découlant immédiatement de l’intuition.

Naturellement, ce genre d’impulsion ne peu plus être mis au rang des caractéristiques mécaniques. Car, ici, il n’y a plus seulement un élément individuel, mais un contenu idéel et, par conséquent commun à tous, de mon intuition. Lorsque j’admets que ce contenu devienne la base et le point de départ de mon action, j’entre aussitôt dans la sphère du vouloir, et peu m’importe que le concept initial ait été mien depuis longtemps déjà, ou qu’il vienne seulement de m’apparaitre ; c’est-à-dire, peu importe qu’il ait déjà été présent au titre d’« aptitude caractéristique », ou non.

La seule chose qui importe pour qu’il y ait réellement acte volontaire, c’est que l’impulsion momentanée agisse, au moyen d’un concept ou d’une représentation, sur les aptitudes caractéristiques. Cette impulsion devient alors un motif de vouloir.

Les motifs de la conduite morale sont des représentations et des concepts… La joie elle-même ne saurait devenir un motif, seule la représentation de la joie peut jouer ce rôle. La représentation d’un sentiment futur peut agir sur mes « aptitudes caractéristiques », mais non point le sentiment lui-même. Le principe d’après lequel on recherche le maximum de sa propre joie, c’est-à-dire le bonheur individuel, est égoïsme. Les uns… sans égard à celui des autres… (pur égoïsme). Les autres… se promettent de recevoir ensuite de ces personnes heureuses une influence favorable, ou parce que du dommage ressenti par les autres, ils craignent une lésion de leurs propres intérêts (morale de l’intérêt). La nuance de la morale égoïste dépend de la représentation qu’on se fait de son bien et de celui des autres. D’après ce qu’on estime être enviable (bien-être, espoir de béatitude, délivrances de certains maux), le but de cette morale se trouve précisé…

Passons à un second ordre de motifs : le contenu purement conceptuel des actions. Tandis que la représentation de la joie, par exemple, s’applique à  une action isolée, le contenu conceptuel base l’action sur tout un système de principes moraux.

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Ces principes moraux peuvent être énoncés sous des formes abstraites sans que l’individu se préoccupe de connaître leur origine… Un mode particulier de cette morale, c’est le cas où le commandement n’est plus donné par une autorité extérieure, mais intérieure (autonomie morale). Nous entendons alors une voix intérieure à laquelle nous devons obéir. Cette voix est appelée conscience.

Il y a un progrès moral dès l’instant où l’homme, non content d’obéir simplement à un commandement extérieur ou intérieur, s’efforce de comprendre les causes pour lesquelles telle ou telle maxime d’action doit lui devenir un motif. Par ce progrès, il s’élève de la morale d’autorité, à une morale basée sur la compréhension. A cette étape de la moralité, l’homme va reconnaître lui-même quels sont les besoins de la vie morale, et la connaissance qu’il en aura va déterminer sa conduite. Ces besoins sont, entre autres : 1° le plus grand bien possible de toute l’humanité, ce bien étant considéré comme un but en soi ; 2° le progrès de la civilisation, ou l’évolution morale de l’humanité vers une perfection toujours plus grande ; 3° la réalisation de fins morales individuelles et intuitivement données.

Le plus grand bien possible de toute l’humanité, voici ce que chacun peut concevoir à sa manière. Cette maxime ; en effet,  ne se rapporte pas à une représentation précise du bien que l’on recherche ; elle implique seulement que l’individu, lorsqu’il l’aura reconnue, s’efforcera de toujours faire ce qui, à son avis, favorisera le plus grand bien de toute l’humanité.

Le progrès de la civilisation, au cas où l’on associe aux présents de la civilisation une idée de joie, n’est qu’un cas particulier du principe précédent… Il arrive aussi que l’on fait abstraction de la joie associée au progrès de la civilisation, et qu’on aperçoit ce dernier comme une nécessité morale. Il devient alors un nouveau principe qui s’ajoute au précédent.

Ces deux maximes, celle du plus grand bien, comme celle du progrès, reposent sur la représentation, c’est-à-dire sur le rapport qu’on a établi entre des contenus d’idées morales, et des expériences (perceptions). Le principe moral le plus élevé qu’on puisse concevoir, c’est celui qui ne présuppose aucune relation à la source de la pure intuition, er cherche, ensuite seulement, son rapport à la perception (à la vie).

La détermination du vouloir procède alors d’une toute autre instance que dans les premiers cas… Lorsque toutes les causes déterminantes passent à l’arrière-plan, alors l’intuition corporelle entre en jeu… le contenu idéel de l’action devient seul déterminant…

Nous avons défini, comme étant la plus élevée parmi les « aptitudes caractéristiques », la pensée pure agissant comme raison pratique.

Parmi les motifs, nous dirons que le plus élevé est l’intuition conceptuelle… A ce degré de la moralité, motif et mobile ne font plus qu’un, c’est-à-dire qu’il n’y a plus pour déterminer nos actes ni « aptitude caractéristique » déjà existante, ni « principe de moralité »… comme norme.

La condition première d’un tel acte, c’est notre faculté d’intuition mentale. L’homme auquel manque le don de vivre, pour chaque cas particulier, la maxime de moralité correspondante, est incapable de s’élever jusqu’au vouloir réellement individuel.

Le principe de moralité que nous venons d’exposer est directement opposé à celui de Kant : « Agis… valables pour tous les hommes »… Ce n’est pas « comme tous les hommes » que je détermine mon action morale, mais comme je dois l’accomplir, moi, dans le cas individuel…

Un jugement superficiel pourrait objecter : comment l’action peut-elle être à la fois individuelle… et issue de la pure intuition idéelle ? Cette objection repose sur une confusion entre le motif moral et le contenu perceptible de l’action. Il arrive que ce dernier soit un motif, par exemple, dans le cas du progrès, ou dans celui de l’acte égoïste ; mais lorsqu’on agit par pure intuition morale, il ne l’est pas… Le moi dirige naturellement son attention sur ce contenu perceptible, mais il ne laisse pas déterminer par lui. Il l’utilise seulement pour se former un concept de connaissance, mais le concept moral ne ressort pas de cet objet perceptible. Le concept de connaissance que je tire d’une certaine situation ne saurait être en même temps motif moral que si je me tiens sur le terrain d’un certain principe de moralité…

La faculté d’intuition varie selon les hommes. Chez les uns, les idées jaillissent sans cesse ; les autres les acquièrent péniblement.

Les situations dans lesquelles l’homme se trouve sont non moins variables, et ce sont elles qui lui fournissent le théâtre de ses actions.

Ainsi, les actions d’un homme dépendent du contact qui s’établit entre sa faculté d’intuition d’une part, et les situations de sa vie de l’autre.

La somme des idées actives, le contenu réel des intuitions d’un homme, échappe au caractère général, et apparaît avec un caractère franchement individuel en chacun de nous. Cette somme d’intuitions, dans la mesure où elle est mise en acte, constitue la moralité réelle de l’individu. La laisser vivre et se réaliser, c’est là le mobile moral suprême, et c’est, en même temps, le motif moral suprême pour quiconque a reconnu que tous les autres principes de moralité sont fondés, en dernière analyse, sur lui. Nous nommerons… l’individualisme éthique.

Pour comprendre comment un acte humain jaillit du vouloir moral de l’homme, il faut, tout d’abord, étudier le rapport de ce vouloir à l’acte…

Il faut envisager des actions vraiment déterminées par lui… Au moment de l’action, la maxime morale, dans la mesure où elle pouvait prendre en moi une existence intuitive, me poussait ; elle était associée à un sentiment d’amour pour l’objet que je cherchais à réaliser. Je ne demandais l’avis de personne et ne me confiais à nulle règle. J’agissais parce que j’avais conçu l’idée de cette action. Et c’est par là qu’elle était mon action.

Au contraire, lorsqu’on agit parce qu’on reconnaît certaines normes morales, l’action n’est qu’un résultat du principe inscrit dans le code moral.

L’homme n’est que l’exécuteur… un automate d’ordre élevé… pour amener, d’une façon automatique, une action chrétienne, humanitaire…

C’est seulement lorsqu’on agit par amour pour l’objet de l’action, que l’on peut dire : j’agis moi-même. Ce n’est plus parce qu’on reconnaît tel ou tel maître, telle autorité extérieure, ou telle voix soi-disant intérieure… On a trouvé en soi-même sa véritable base, qui est l’amour de cette action… On l’accomplit parce qu’on l’aime… On ne se demande pas comment les autres agiraient… On agit selon le vouloir dont on trouve l’indication en soi… On veut simplement accomplir ce que l’on se sent appelé à accomplir…

Le vrai but du vouloir humain, c’est la réalisation de buts moraux conçus par pure intuition… L’origine de l’action appartient à l’individualité.

Et, en vérité, seule l’action issue de l’intuition morale mérite le nom d’action individuelle… L’instinct aveugle qui mène au crime ne ressort pas de l’intuition ; et il n’appartient pas à l’être individuel de l’homme, mais au contraire, à ce que l’homme a de plus commun, à ce qui règne en tous les hommes, à ce dont l’individualité cherche justement à dégager l’homme de plus en plus. Mon être individuel, ce n’est pas mon organisme avec ses tendances et ses affectivités, c’est le monde unitaire des idées, qui s’éclaire au sein de cet organisme…

Mes désirs, mes instincts, mes passions, me font appartenir à l’espèce humaine…

Au contraire, le fait qu’un élément idéel s’éclaire et se réalise au sein de ces désirs, instincts, passions, ce fait fonde ma propre individualité.

Par mes désirs…, je suis… un homme comme il en est à la douzaine ; par la forme d’idée qui me distingue… je suis « individu »…

Par ma pensée, qui est la compréhension active et consciente de l’élément idéel présent en moi, je me distingue moi-même des autres…

Toute action basée sur l’élément idéel de l’être est ressentie comme étant une action libre.

Celles qui se basent sur d’autres éléments, que ce soit le joug de la nature, ou une norme morale, sont ressenties comme des actions imposées. L’homme est libre dans la mesure où il est capable de n’obéir qu’à lui-même, à chaque instant de sa vie.

Une action morale n’est mon action que si elle peut être nommée libre, dans le sens que nous venons de préciser. L’action née de la liberté n’exclut pas les lois morales, elle les inclut… ; elle se montre… supérieure aux actions… dictées par ces lois. Pourquoi mon action servirait-elle moins bien le bonheur de tous, lorsque je l’accomplis par amour, que lorsque je l’accomplis seulement parce que j’ai reconnu le devoir de servir ce bonheur de tous ? La conception du devoir pur élimine la liberté humaine, parce qu’elle se refuse à tenir compte de l’individuel et qu’elle soumet tous les hommes à une loi uniforme. La liberté de l’action n’est concevable que du point de vue de l’individualisme éthique…

 Le monde d’idées qui agit en moi est le même que celui qui agit en chacun de mes semblables… Cette unité… doit être objet d’expérience…

L’individualité n’est possible que là où chaque être individuel ne connaît les autres que par son observation individuelle.

La différence entre mon semblable et moi, ce n’est pas que nous vivons dans eux mondes spirituels différents, mais que nous recevons d’un même monde idéel des intuitions différentes. Lui, veut réaliser ses intuitions, et moi, les miennes. Si nous puisons… à l’idée, et non point à des sources extérieures (physiques ou spirituelles), nous nous rencontrerons forcément dans le même effort, dans les mêmes intentions.

Tout malentendu, toute collusion, est impossible entre des hommes totalement libres… Homme enchaîné… à l’instinct naturel… devoir…

La maxime fondamentale de l’homme libre, c’est « agir par l’amour de l’action, et laisser agir par la compréhension des vouloirs étrangers ».

Ne connaît pas d’autres « tu dois » que la nature même des actions intuitivement conçues et voulues…ne dépend que de son propre pouvoir idéel.

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Si la base de l’entente entre les hommes ne se trouvait pas donnée dans la nature même de l’être humain, il n’y aurait pas de loi extérieure qui la lui puisse fournir. Si les individus humains arrivent à vivre en commun, c’est qu’ils participent à un seul et même esprit…

L’homme libre base sa vie sur la confiance qu’il a en d’autres hommes libres, sachant qu’ils appartiennent au même monde spirituel que lui…

L’homme libre n’exige pas l’approbation des autres, mais il l’attend parce qu’elle est conforme à la nature humaine…

On me dira sans doute que cette conception de l’homme libre est une pure chimère… Je ne le nie point… que l’on dise simplement : tant que la nature humaine n’est pas libre, il faut l’obliger à agir… Cependant, du sein de l’ordre impératif surgissent les esprits libres, les hommes véritables qui ont su se trouver eux-mêmes dans le réseau des usages, des lois, des pratiques religieuses, etc. Ils sont libres dans la mesure où ils n’obéissent qu’à eux-mêmes, non-libres dans la mesure où ils se soumettent. Qui de nous peut prétendre être libre en toutes ses actions ? Nul sans doute, mais en chacun de nous habite l’entité profonde en qui parle la voix de l’homme libre…

Sans doute, ce n’est là qu’un idéal, mais un idéal qui travaille en toute réalité dans la profondeur de notre être…

Si l’homme n’était qu’une créature naturelle, la recherche des idéals, c’est-à-dire d’idées momentanément inefficaces, dont on espère la réalisation, serait une absurdité. Pour les choses de la nature, en effet, l’idée est déterminée par la perception ; nous avons tout fait lorsque nous avons reconnu le lien de l’idée à la perception. Mais pour l’homme, ce n’est plus le cas.

L’homme doit unir lui-même, et de son propre pouvoir, son propre concept à la perception « homme ». Le concept et la perception, ici, ne se recouvrent plus que si l’homme les amène à se recouvrir. Et il ne le peut que s’il a trouvé le concept d’esprit libre qui est son propre concept…

Dans un monde objectif, une frontière nous est tracée entre la perception et le concept, notre connaissance triomphe de cette frontière…

Chez l’homme, le concept et la perception sont séparés en fait, pour être ensuite réunis en fait par l’homme…

L’objet de perceptions « homme » a la faculté de se métamorphoser, comme la graine de la plante a la faculté de se développer…

La plante se développera selon les lois objectives contenues en elle ; l’homme, par contre, demeurera dans son état imparfait s’il ne s’empare pas en lui-même de la matière à transformer, et ne la métamorphose pas par sa propre force. La Nature fait seulement de l’homme une créature naturelle ; la société ne fait de lui qu’un exécuteur de ses lois ; lui seul peut se transformer en être libre.

A un certain degré d’évolution, la Nature le laisse échapper de ses chaînes ; la société mène cette évolution plus loin ; l’homme seul peut la parachever…x… L’homme n’est pas fait pour la moralité, mais la moralité apparaît grâce à l’homme. L’homme libre agit moralement parce qu’il a une idée morale et non point pour que la moralité existe. Les individus humains, avec leur faculté intuitive, sont les premières conditions de l’ordre moral universel…. L’individu… s’atrophierait s’il menait sa vie isolément, hors de toutes collectivités humaines. L’ordre social se forme précisément avec le but de réagir, d’une façon aussi heureuse que possible, sur les individus.

 

X.                   LA PHILOSOPHIE DE LA LIBERTE ET LE MONISME (p. 191)

… L’homme le plus primitif a toujours quelque foi en un autre homme ; celui qui est un peu plus évolué se laisse ordonner sa conduite morale par une communauté (Etat, Société). Le degré supérieur de ce réalisme primitif, en ce qui concerne la vie morale, c’est celui que nous définirons comme suit : le commandement (idée morale) est conçu sans rapport avec aucune entité extérieure, et l’homme suppose qu’il provient de lui-même, que c’est une force absolue qui surgit de lui… Vie intérieure, cette voix intérieure, l’homme la nomme « conscience »…

Cas dans la conception matérialiste… La conscience de la liberté ne peut être alors qu’illusoire… C’est la matière qui agit en moi…

Le sentiment de la liberté n’existe, au regard du matérialisme que parce que nous ignorons les motifs qui nous contraignent…

Une autre possibilité qui s’offre au partisan du réalisme métaphysique, c’est de concevoir comme un être spirituel cette réalité absolue, cachée derrière les apparences. Alors, c’est dans cette force spirituelle qu’il croit puiser ses impulsions actives… Ordre supérieur caché…

L’homme doit ce que cet être veut… Le dualisme spiritualiste (celui qui place l’être en soi, l’absolu, dans un domaine spirituel, dont l’homme ne saurait avoir aucune expérience consciente), en fait un esclave de la volonté de l’Absolu…

La liberté est aussi impossible dans un système que dans l’autre, parce que tous deux transposent la réalité véritable en un domaine extra-humain inaccessible à l’expérience. Donc le réalisme primitif et les réalismes métaphysiques arrivent également à nier la liberté…

Le Monisme se voit obligé de donner raison jusqu’à un certain point, au réalisme primitif, car il reconnait la valeur de la perception…

Mais le monisme accorde à l’Idée autant de valeur qu’à la perception. L’Idée peut apparaître au sein de l’individualité humaine et, dans la mesure où l’homme en reçoit l’impulsion, il est libre. Mais le monisme rejette toute la métaphysique simplement syllogistique et, par conséquent, il rejette aussi les impulsions soi-disant issues de l’ »être en soi »… Le monisme n’admet aucune obligation inconsciente, cachée derrière la perception et le concept… D’après le monisme, l’homme agit en partie librement, en partie non librement.

Esclave dans le monde des perceptions, il réalise en lui-même le libre esprit. Les commandements moraux, dans lesquels la métaphysique aperçoit les inspirations d’un être supérieur, ne sont pour le monisme que des pensées de l’homme

L’homme n’a pas à accomplir les volontés d’un être cosmique extérieur à lui-même, mais ses propres volontés. Derrière l’action humaine, le monisme ne croit pas voir une direction universelle étrangère aux hommes, qui les déterminerait selon ses fins cachées ; les hommes, lorsqu’ils réalisent leurs idées intuitives, ne tendent qu’à leurs propres fins humaines. Bien plus, chaque individu ne tend qu’à ses fins particulières. Car le monde des idées ne se manifeste pas dans une collectivité humaine, mais seulement dans des individus. Si les collectivités ont des fins générales, ce ne sont les sommes des actes volontaires des individus, et généralement de quelques individus d’élite, auxquels les autres reconnaissent de l’autorité.  Chaque être humain est appelé à devenir esprit libre, comme chaque bouton de rose est appelé à devenir rose.

Le monisme est donc, sur le terrain de l’action morale, une philosophie de la liberté Le monisme estime qu’un être agissant sous l’emprise d’une obligation physique ou psychique ne peut pas être réellement moral. Il considère le passage par l’action automatique (selon les désirs et instincts naturels) et par l’action d’obéissance (d’après les normes morales) comme des étapes préparatoires indispensables à la moralité…

Comme la connaissance humaine, la moralité humaine n’est conditionnée que par la nature de l’homme…

Pour le monisme, la moralité est une qualité spécifique de l’homme, et la liberté est la forme sous laquelle l’homme atteint à cette moralité.

 

XI.                 LA FINALITE DANS L’UNIVERS ET DANS L’HOMME (DETERMINATION DE L’HOMME) (p. 203)

… La perception de l’effet ne peut et ne pourra jamais que suivre la perception de la cause… L’influence perceptible d’un concept sur quelque chose d’autre, voilà qui n’existe que dans l’action humaine. L’idée de finalité s’y applique donc exclusivement…

Le monisme rejette la conception finaliste de tous les domaines à l’exception de la seule action humaine. Il cherche des lois naturelles…

Les fins naturelles sont des hypothèses injustifiables, comme le sont les forces non perceptibles, (voir chapitre VII) , et comme le sont également, du point de vue moniste, toutes les fins humaines que l’homme ne s’est pas proposé lui-même

Lorsqu’on demande : quelle tâche l’homme doit-il accomplir ? Le monisme répond : celle qu’il se propose lui-même. La mission que j’ai en ce monde n’est pas déterminée à l’avance, elle est, à chaque instant, celle que je me choisis. Je n’entre pas… avec un itinéraire tracé d’avance…

Lorsque des idées deviennent des buts, et se réalisent, ce ne peut être que par l’homme…Toutes les formules telles que : « L’histoire est l’évolution de l’homme vers la liberté », ou « La réalisation d’un ordre moral supérieur », etc., ne peuvent se défendre au regard du monisme.

Les partisans de la doctrine finaliste croient expliquer, par son secours, toute l’ordonnance et l’harmonie de l’univers…

Pour qu’il y ait un vraiment un but, il faut que la cause agissante soit un concept, à savoir, le concept de l’effet à produire. Or, nulle part, dans la nature, on ne trouve des concepts qui soient des causes ; le concept n’apparaît jamais que comme un rapport idéel de la cause à l’effet. Les causes, dans la nature, ne sont jamais données que sous forme de perceptions.

Le dualisme a le droit de parler des fins de l’univers et des fins de l’homme.

p. 7/9   - La philosophie de la liberté

Là où nous percevons un rapport normal de cause à effet, le dualisme peut admettre que nous voyons le décalque d’un rapport conçu par l’être absolu pour la réalisation de ses fins. Mais, pour le monisme, l’exclusion de tout être absolu hypothétique, c’est-à-dire inaccessible à l’expérience, entraîne aussi l’exclusion de toute finalité universelle ou humaine.

APPENDICE A LA NOUVELLE EDITION (1918)

Si nous rejetons la conception finaliste, même du monde spirituel extérieur à l’homme, c’est qu’il se manifeste dans ce monde spirituel quelque chose de supérieur à la finalité que réalise le genre humain… Nous voulons dire que l’individu seul peut se donner à lui-même des fins ; mais que l’activité globale de l’humanité, comme résultante de toutes ces fins individuelles, constitue une chose supérieure à ces fins.

 

XII.               L’IMAGINATION MORALE (DARWINISME ET MORALITE) (p. 211)

L’esprit libre agit selon ses impulsions propres, c’est-à-dire selon ses intuitions, choisies par la pensée, au sein du monde idéel

Pour l’esprit qui n’est point libre, la cause… n’est qu’une part de ses perceptions et expériences antérieures. Il se rappelle, avant de décider, ce qu’il a vu faire à quelqu’un d’autre en pareil cas, ou l’avis de quelqu’un, ou le commandement de Dieu, etc…

Ces circonstances préparatoires, chez l’esprit libre, n’agissent pas seules. La décision qu’il prend est, en un certain sens, une décision première.

Peu lui importe ce que d’autres ont fait ou commandé en pareil cas… Son concept va prendre corps en un évènement concret et particulier…

Nous avons vu que le passage du concept à la perfection se fait par la représentation (voir chapitre VI). C’est ce terme intermédiaire que l’esprit non-libre reçoit tout d’abord ; les motifs apparaissent dans sa conscience sous forme  représentations…

La faculté grâce à laquelle l’homme engendre, du sein de son trésor d’idées, des représentations concrètes, est tout d’abord l’imagination.

La faculté dont l’esprit libre a besoin pour mener ses idées jusqu’à la réalisation, nous la nommerons donc l’imagination morale. Elle est la source de l’action de l’esprit libre. Et seuls les hommes doués de l’imagination morale peuvent êtres dits productifs au point de vue éthique.

Ceux qui se contentent de prêcher la morale, c’est-à-dire les gens qui bâtissent des règles en l’air, sans les réaliser en représentations concrètes, ces gens-là sont moralement improductifs. Ils ressemblent à ces critiques qui savent savamment comment on fait une œuvre d’art, tout en étant incapables d’en produire une… x … La doctrine évolutionniste, en tant que conception moniste du monde, se refuse à admettre toute influence d’au-delà (métaphysique) qui ne soit pas un objet d’expérience idéelle. Elle cherche à expliquer les nouvelles apparitions organiques sans admettre qu’aucune force créatrice extra-naturelle les ait provoquées…

Pour le monisme, les phénomènes moraux sont des produits de la nature comme tous les autres, et on ne doit chercher leurs causes que dans la nature, c’est-à-dire, puisque l’homme est le porteur de ces phénomènes, dans l’homme…

L’individualisme éthique est donc le couronnement de l’édifice qu’ont élevé Darwin et Haeckel, sur le terrain de la science naturelle. C’est un évolutionnisme spiritualisé, étendu jusqu’à la vie morale…

Être libre, c’est pouvoir déterminer de soi-même, grâce à l’imagination morale, les représentations initiales de l’action. La liberté n’existe pas  tant que quelque chose d’extérieur à moi (phénomène mécanique ou puissance surnaturelle) détermine mes représentations morales.

Elle existe si je les produis moi-même. Ce n’est pas être libre que pouvoir exécuter les intentions qu’un autre être a mises en moi…

Un être libre est donc celui qui peut vouloir ce que lui-même tient pour juste. Celui qui fait autrement qu’il ne veut, y est poussé par des motifs qui ne lui sont pas propres. Il n’est donc pas libre.

Lorsqu’on dit : « pouvoir à son gré vouloir ce qu’on tient pour juste ou ce qu’on ne tient pas pour juste », cela veut dire : « pouvoir, à son gré, être libre ou ne pas l’être ».Et c’est tout aussi absurde que de voir la liberté dans le pouvoir de faire ce que l’on est forcé de vouloir

Il arrive que l’homme se laisse amener à abandonner l’exécution de ce qu’il veut. Mais se laisser prescrire ce qu’il doit faire, c’est-à-dire vouloir ce qu’un autre tient pour juste et non lui, voilà ce qu’il ne saurait consentir qu’en faisant abdication de sa liberté.

Les pouvoirs extérieurs peuvent m’empêcher de faire ce que je veux, alors ils me condamnent simplement à l’inaction ou à la non-liberté.

C’est seulement lorsqu’ils réduisent mon esprit en esclavage, c’est seulement lorsqu’ils chassent de ma tête mes motifs d’action pour mettre les leurs à la place, qu’ils entament réellement ma liberté.

APPENDICE A LA NOUVELLE EDITION (1918)

L’homme doit vivre ses actions pour qu’elles lui procurent la conscience de la liberté de son vouloir. Il est particulièrement important de signaler que c’est l’expérience intérieure qui permet de certifier qu’une volonté est libre. Cette expérience consiste en une réalisation de l’intuition idéelle par la volonté. Ceci ne peut être qu’un résultat d’observation… la volonté humaine se sent entraînée par une évolution…

Une volonté qui est le reflet de l’intuition ne se réalise, également, que par un recul des activités nécessaires de l’organisme : cette volonté est libre. On ne saurait constater cette liberté e la volonté, tant qu’on est incapable d’observer comment l’élément intuitif paralyse et repousse les actions nécessaires de l’organisme humain, et comment l’activité spirituelle de la volonté entièrement inspirée par la pensée peut prendre leur place. C’est la condition de la liberté. Ceux qui ne peuvent faire cette évolution ne croient à la liberté d’aucun vouloir…

L’homme est libre, dans la mesure où il peut réaliser par sa volonté le même mode de création que par ses intuitions purement idéelles (spirituelles).

 

… Deux opinions… : notre monde est le plus excellent qu’on puisse imaginer et qui puisse exister… L’opinion contraire, c’est que  la vie est débordante de souffrances et de misères… x … Il est important de remarquer que la joie et la peine dépendent de la réalisation ou de la non-réalisation du désir. Le désir lui-même ne peut être, en aucune façon, considéré comme un déplaisir…

Désirer une chose, s’efforcer vers elle, c’est une cause de joie. Qui de nous ignore le bonheur que nous procure l’espérance d’atteindre un but lointain fortement désiré ?La réalisation d’un désir appelle du plaisir, la non-réalisation appelle du déplaisir

Le plaisir, comme le déplaisir, peuvent survenir sans être les suites d’aucun désir. La maladie est une souffrance qu’aucun désir ne précède…

Rayer tous les sentiments illusoires du bilan de la vie, ce n’est pas rétablir la justesse de ce bilan, c’est supprimer de notre estimation des facteurs réellement donnés… Laissons de côté le caractère illusoire de certaines de nos joies… x …

[La vie s’extériorise par une somme de pulsions (les besoins). (*)]

Nos désirs sont l’étalon auquel nos joies mesurent leur valeur. La jouissance de se rassasier n’a de valeur que parce que la faim existe ; et la grandeur de cette valeur dépend de la grandeur de la faim. Celles de nos exigences que notre destinée ne peut remplir jettent une ombre sur la satisfaction de nos désirs, et amoindrissent la valeur de nos heures de jouissance. Mais on peut aussi parler de la valeur présente d’un sentiment de joie. Cette valeur-là est d’autant moins grande que la joie est moins grande en proportion de la durée et de la force du désir.

Pour qu’un plaisir ait sa pleine valeur, il faut qu’il égale notre désir en  durée et en degré… Le plaisir n’a de valeur pour nous que dans la mesure où il se proportionne à notre désir. S’il le dépasse, son excès se transforme en douleur. C’est ce qui se remarque… chez les hommes…

Il ne s’agit pas de savoir si la joie à atteindre est plus grande ou non que la souffrance à subir, mais seulement si le désir triomphera de l’obstacle que cette souffrance lui oppose… Il faudrait qu’une certaine philosophie vînt dire à l’homme : « Vivre et vouloir n’ont de sens que si les joies de la vie surpasse ses souffrances » ; mais la nature lui enseigne, au contraire, à rechercher les objets de ses désirs et à supporter tous les déplaisirs qui en sont le prix, si grands qu’ils soient… L’homme s’adonne pleinement à la satisfaction de ses désirs après qu’il a éloigné le souvenir des souffrances nécessaires. Les moralistes pessimistes, pour inciter les hommes à participer d’une manière désintéressée au travail de la civilisation, veulent leur prouver qu’en ce monde la souffrance surpasse la joie ; mais la volonté humaine est d’une nature telle que cette assertion ne la saurait influencer… L’homme remplit ses devoirs parce qu’il est dans la nature de son être de les reconnaître et de les vouloir  Les idéals moraux naissent de l’« imagination morale » de l’homme… Ils sont ses intuitions, les forces motrices…

p. 8/9   - La philosophie de la liberté

XIV.             L’INDIVIDUALITE ET L’ESPECE (p. 261)

Il y a une contradiction apparente entre l’idéal d’une individualité humaine complète par elle-même et libre et le fait que tout homme appartient à des collectivités (race, descendance, famille, sexe) et agit au sein de groupements (Etat, Eglise)…

L’être humain porte toujours les caractères généraux du groupe dont il fait partie, et ses agissements sont déterminés par la place qu’il occupe au milieu de ses semblables. L’individualité est-elle encore possible dans ces conditions-là ?...

Il est impossible de comprendre entièrement l’homme tant que l’on s’obstine à partir de l’espèce. Cette obstination se montre particulièrement accentuée lorsqu’il s’agit du sexe d’un être humain. Dans la femme, l’homme aperçoit surtout les caractères généraux du sexe opposé au sien, et fort peu les caractères individuels ; la femme fait de même pour l’homme. Dans la vie pratique, cela nuit plus aux femmes qu’aux hommes. Si la situation sociale de la femme est si indigne, c’est qu’elle est déterminée, non pas, comme il devrait être, par les qualités individuelles des femmes en particulier, mais par les idées générales que l’on se fait des besoins et des devoirs naturels de la femme. Tandis que les occupations d’un homme sont orientées d’après ses capacités et ses goûts personnels, on voudrait que celles d’une femme dépendissent uniquement du fait qu’elle est femme. La femme doit  être l’esclave de l’espèce, de la collectivité féminine.

Tant que les hommes discuteront pour savoir si « la nature » de la femme la prédispose à certaines fonctions, la question féministe en restera au stade le plus primitif. Qu’on laisse aux femmes le soin de juger de ce que « leur nature » leur permet de faire et de vouloir…

Un ordre social au sein duquel la moitié de l’humanité mène une existence indigne d’elle-même, a précisément grand besoin d’être amélioré.

Celui qui juge des hommes d’après leurs caractères spécifiques s’arrête, précisément, à la limite au-delà de laquelle ils commencent à être des personnes dont l’activité est librement déterminée… L’individu doit acquérir ses concepts par son intuition propre… Pour comprendre l’individu, il faut non point s’en tenir à juger de ses propriétés typiques, mais entrer dans l’étude de son entité particulière. En ce sens, chaque être est un problème ; et toute la science, avec ses conceptions abstraites et générales, n’est qu’une préparation à la connaissance générale…

Lorsque nous sentons qu’un homme est libéré de tout mode collectif de pensée, et de tout vouloir spécifique, alors il nous faut, pour le comprendre, éviter de puiser aucun concept à notre propre esprit. En effet, la connaissance consiste en une union du concept et de la perception, union effectuée par la pensée. Pour tous les autres objets de perception, l’observateur doit puiser le concept en lui-même…

Les gens qui, pour juger les autres, emploient leurs propres concepts, n’arriveront jamais à la compréhension d’une individualité…

Nul n’appartient entièrement à l’espèce, et nul n’est un pur individu… Seule, la part… qui émane de ses propres intuitions à une valeur éthique… La vie morale de l’humanité est la somme des imaginations morales engendrées par les libres individualités. Telle est la conclusion du monisme.

 

 

DERNIERS PROBLEMES

LES CONSEQUENCES DU MONISME (p. 269)

L’explication unitaire du monde – autrement dit le monisme…,  - emprunte à l’expérience humaine les principes dont il a besoin pour la compréhension de l’univers. Il cherche également les sources de l’action humaine, sans sortir du champ de notre observation, dans ce que la nature a d’accessible à l’introspection, à savoir, dans l’imagination morale. Ce monisme se refuse à échafauder, par des spéculations abstraites, en dehors du monde que la perception et la pensée nous présentent, les principes fondamentaux qui le soutiennent.

Pour le monisme, l’unité que l’observation pensante, telle que nous pouvons tous la pratiquer, établit parmi la multiplicité complexe des perceptions, est en même temps celle que réclame la soif de connaissance de l’homme, et celle par laquelle il s’efforce de pénétrer dans le domaine physique comme dans le domaine spirituel… x … [Son existence totale dans l’Univers, fermée en soi, l’homme ne peut la trouver que par le vécu intuitif du penser. Le penser détruit l’illusion du percevoir, et incorpore notre existence individuelle à la vie du Cosmos

D’après les principes monistes, un individu humain considère un autre comme son égal, car c’est le même contenu d’Univers qui se vit en lui. (*)]… Même les objets de l’imagination ne peuvent se légitimer que lorsqu’ils deviennent des représentations relatives à certaines perceptions. C’est par leur contenu perceptible qu’ils s’insèrent dans la réalité. Un concept que l’on croit représentatif d’une réalité située hors du monde donné, n’est qu’une abstraction qui ne correspond à rien. Nous ne pouvons trouver en notre esprit que les concepts de la réalité : pour trouver la réalité elle-même, il faut que nous ayons, de plus, la perception… Pour qu’une idée devienne action, il faut avant tout que l’homme le veuille… L’homme est alors le seul déterminant de son action. Il est libre.

APPENDICES A LA NOUVELLE EDITION (1918)

PREMIER APPENDICE : Dans la seconde partie de ce livre, nous avons essayé d’établir que la liberté fait partie constitutive de la nature de l’action humaine. Pour cela, nous avons dû isoler, de l totalité des actions humaines, celles qui soumises à un examen sincère, permettent de conclure à la réalité de la liberté. Ces actions sont les réalisations d’intuitions idéelles. En ce qui concerne les autres, l’examen… ne saurait les déclarer libres… La seconde partie de ce livre s’appuie tout naturellement sur la première. Dans cette première partie, nous avons décrit la pensée intuitive comme l’activité spirituelle intérieure dont l’homme a conscience. Comprendre par expérience cette nature intuitive de la pensée, c’est en même temps reconnaître sa liberté.

SECOND  APPENDICE : … La pensée intuitive : par elle notre connaissance replace chaque perception dans l’ordre de la réalité… La pensée… réclame que sa nature absolue soit pleinement reconnue… La pensée comme étant l’élément grâce auquel la vie spirituelle de l’homme pénètre au sein de la réalité… L’élément « perception » ne porte le signe distinctif de la réalité qu’à partir du moment où la pensée s’en empare… L’expérience de la pensée… correctement comprise, est déjà une expérience du monde spirituel…

 

PREMIER  SUPPLEMENT (p. 284)                                                                                                                                                  

… x … [Le problème dont je parle ici est le suivant : Il y a des penseurs qui sont d’avis, qu’une difficulté particulière apparaît lorsque l’on veut comprendre la façon dont une autre vie psychique humaine puisse agir sur sa propre vie psychique (de l’observateur). (*)]…

 

SECOND  SUPPLEMENT (p. 295)                                                                                                                                                          

Ce qui va suivre n’est, en somme, que la répétition de ce que contenait ma « préface » à la première édition de ce livre…

L’homme, à notre époque, ne peut plus tendre qu’à puiser la vérité dans les profondeurs mêmes de l’être humain…

La vérité seule nous permet de développer avec sûreté nos forces individuelles. Celui qui est  rongé de doutes voit se paralyser ses forces

Nous ne voulons plus simplement croire, nous voulons savoir… Seul, le savoir… jaillit de la vie intérieure de la personnalité…

De nos jours, personne ne peut plus être obligé à comprendre… Nous cherchons à favoriser l’évolution de ses facultés, afin qu’il [l’homme] n’ait plus besoin d’être obligé à comprendre, mais que de lui-même il veuille comprendre… L’on doit, pour connaître l’existence sous toutes ses faces, s’élever aussi dans le royaume éthéré des concepts… L’Occident… réclame qu’on ait la bonne volonté de se retirer à certains instants loin des impressions immédiates de la vie, et de s’adonner au monde de la pure pensée…

Dans l’art de composer, les lois de la science musicale sont mises au service de la vie, de la réalité la plus essentielle. C’est exactement dans ce sens que la philosophie est un art. Tous les philosophes véritables ont été des artistes du concept… Les idées deviennent des forces de vie…

Le savoir n’a de prix que parce qu’il collabore à l’épanouissement complet de toute la nature humaine…

Il faut absolument vivre intérieurement les idées, sans quoi, l’on devient leur esclave. ◙

(*) correspond à des extraits de ‘‘La philosophie de la liberté’’, édité par la ‘‘Société Anthroposophique Branche Paul de Tarse’’, ©1986.

p. 9/9   - La philosophie de la liberté

LA PHILOSOPHIE DE LA LIBERTE

PRINCIPES D’UNE CONCEPTION MODERNE DU MONDE

(Résultats de l’expérience intérieure conduite selon les méthodes de la science naturelle)

GA 4 - Par Rudolf Steiner, 1894 ©1923 Editions Alice Sauerwein. – F-Paris - 301 pages (traduit par Germaine Claretie)

 

 

S O M M A I R E

 

- Les numéros de pages indiqués entre parenthèse à chaque chapitre correspondent aux pages de l’édition téléchargée (via Internet), © 1923.

 

 

PREFACE DE LA NOUVELLE EDITION (1918)

 

 

LA SCIENCE DE LA LIBERTE

XV.               L’ACTION HUMAINE CONSCIENTE (p. 13)

 

XVI.             LE BESOIN ORGANIQUE DE LA CONNAISSANCE (p. 27)

 

XVII.           LA PENSEE INSTRUMENT DE LA CONCEPTION DU MONDE (p. 37)

 

XVIII.         LE MONDE COMME PERCEPTION (p. 58)

 

XIX.             LA CONNAISSANCE DU MONDE (p. 86)

APPENDICE A LA NOUVELLE EDITION (1918)

 

XX.               L’INDIVIDUALITE HUMAINE (p. 115)

 

XXI.             Y A-T-IL DES LIMITES A LA CONNAISSANCE ? (p. 123)

 

 

LA REALITE DE LA LIBERTE

XXII.           LES FACTEURS DE LA VIE (p. 151)

 

XXIII.         L’IDEE DE LA LIBERTE (p. 160)

 

XXIV.         LA PHILOSOPHIE DE LA LIBERTE ET LE MONISME (p. 191)

 

 

XXVI.         L’IMAGINATION MORALE (DARWINISME ET MORALITE) (p. 211)

APPENDICE A LA NOUVELLE EDITION (1918)

                                                                                                                                                                       

XXVII.       LA VALEUR DE LA VIE (PESSIMISME ET OPTIMISME) (p. 227)

 

XXVIII.     L’INDIVIDUALITE ET L’ESPECE (p. 261)

 

 

DERNIERS PROBLEMES

APPENDICES A LA NOUVELLE EDITION (1918)

PREMIER APPENDICE 

SECOND  APPENDICE 

 

PREMIER  SUPPLEMENT (p. 284)                                                                                                                                                  

 

SECOND  SUPPLEMENT (p. 295)                                                                                                                                                          

 

 

A noter que dans le texte ‘‘résumé’’ :

- Les numéros de pages indiqués entre parenthèse à chaque chapitre correspondent aux pages de l’édition téléchargée (via Internet), © 1923.

- … x … correspond à des passages manquants, ou illisibles, du livre ‘‘La philosophie de la liberté’’ téléchargé (via Internet), © 1923.

- (*) correspond à des extraits de ‘‘La philosophie de la liberté’’, édité par la ‘‘Société Anthroposophique Branche Paul de Tarse’’, ©1986.

Possibilité d’accéder directement au chapitre choisi, en cliquant sur le nom du chapitre.

 

La philosophie de la liberté – Sommaire -

 

 

 

 

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