Télévision - Alimentation : Faut-il croire aux produits qui promettent la santé et la forme - Que cachent les jus de fruits multivitaminés ? - Les fortunes du "sans gluten" - La pomme Pink Lady...
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Tv - GLUTEN & PRODUITS MULTIVITAMINÉS & LA POMME PINK LADY
Émission M6 : "Faut-il croire aux produits qui promettent la santé et la forme ?"

PRÉSENTATION : Extraits de l'émission M6 CAPITAL "Faut-il croire aux produits qui promettent la santé et la forme"

08.06.2014 Alimentation : faut-il croire aux produits qui promettent la santé et la forme ? sur M6 (CAPITAL) - Pas mise en ligne
- Que cachent les jus de fruits multivitaminés ? - En première partie de l'émission, voir au lien #jus_de_fruits_multivitamines la transcription écrite...
- Les fortunes du "sans gluten" suivi de La pomme Pink Lady - En troisième partie de l'émission, voir au lien #gluten la transcription écrite...

 

PRÉSENTATION :

 

Dossier relatif aux émissions de télévision concernant le domaine de la santé et pour réfléchir !

Il s'agit de comprendre comment la télévision nous renvoie les informations relatives à la santé et de réflexion.

Les transcriptions écrites sont faites avec l'aide des sous-titres.
- Site de Télé Scoop pour les scripts des sous-titres : http://telescoop.tv/

 

Présentation de l'émission : http://www.m6.fr/emission-capital/08-06-2014-alimentation_faut_il_croire_aux_produits_qui_promettent_la_sante_et_la_forme/


C'est un argument de vente de plus en plus présent dans les rayons : en consommant tel jus de fruit, particulièrement riche en vitamines, ou tel plat cuisiné, qui aura été allégé, vous améliorez votre tonus ou affinez votre ligne. Et dans ce domaine très porteur, l'innovation semble sans limite. Capital a enquêté sur la manière dont sont fabriqués ces produits que l'on peut trouver à petits prix et sur ces entreprises, parfois des multinationales, qui ont su prospérer sur ce marché de la santé et de la forme. 



Que cachent les cocktails de jus de fruits multivitaminés ?

Vont-ils finir par détrôner le traditionnel jus d'orange ? Les mélanges de jus de fruits multivitaminés séduisent de plus en plus les Français. Certains les consomment frais, comme un produit « détox », mais la plupart d'entre nous les achètent en grande surfaces où ils ont envahi les rayons. Ces mélanges de jus vous promettent des saveurs exotiques mais surtout de vous apporter de la vitalité grâce à toutes ces vitamines. Capital a remonté la filière en Colombie où les fruits de la passion, l'un des ingrédients les plus recherchés de ces cocktails, sont produits en masse. Comment les industriels s'y prennent-ils ensuite pour écraser les prix de ces jus de fruits du bout du monde ? Et sont-ils vraiment un plus pour votre santé ? 

Frédéric Audran 



Weight Watchers : la multinationale de la minceur

Année après année, les régimes à la mode se succèdent les uns après les autres alors que Weight Watchers est toujours là. Cette méthode, inventée par une Américaine dans les années 60, continue de séduire : un million de personnes la suivent à travers le monde, 150 000 en France. Un régime qui rapporte gros. Car les clientes de Weight Watchers payent à plusieurs reprises : quand elles participent aux réunions où elles se soutiennent mutuellement, mais aussi quand elles achètent des produits, dont des plats préparés siglés de la marque américaine. Ce régime vaut-il un tel investissement ? De New York à Paris, enquête sur un empire mondial de la minceur. 

Julie Lotz



Les fortunes du « sans gluten »

La tendance ne cesse de gagner du terrain. Lady Gaga, Victoria Beckham ou bien encore Manuel Valls sont passés au régime sans gluten. Pourtant il n'y a que 1% de la population qui est vraiment allergique à cette protéine présente dans le blé ou le seigle. Mais pour beaucoup, se passer de ce produit très utilisé par l'industrie agro-alimentaire permettrait d'avoir une meilleure digestion et plus de tonus. Du coup les produits sans gluten vendus à des prix plutôt élevés se multiplient. Qui tire profit de cette nouvelle mode et faut-il céder à la folie du sans gluten ?

Rim Khalifa

 



 

 

QUE CACHENT LES COKTAILS DE JUS DE FRUITS MULTIVITAMINÉS ?
Émission "Faut-il croire aux produits qui promettent la santé et la forme ?"

M6 - Magazine Capital - Dimanche 8 juin 2014 à 20h50

VIDÉOS - PRESENTATION - TRANSCRIPTION ÉCRITE


Photo de l'album de Facebook

Vidéo disponible...
Publication sur Dailymotion suspendue.

Site M6 :
http://www.m6.fr/emission-capital/videos/11371542-le_piege_des_jus_multifruits.html

L'émission complète :

http://www.m6.fr/emission-capital/08-06-2014-alimentation_faut_il_croire_aux_produits_qui_promettent_la_sante_et_la_forme/

Replay
http://www.6play.fr/m6/capital/11370766-alimentation-faut-il-croire-aux-produits-qui-promettent-la-sante-et-la-forme#/m6/capital/11370766-alimentation-faut-il-croire-aux-produits-qui-promettent-la-sante-et-la-forme (1h47)



PRÉSENTATION :

Que cachent les cocktails de jus de fruits multivitaminés ?

Les mélanges de jus de fruits se vendent de plus en plus, gage de vitalité voire de « détox ».
La filière de production des fruits de la passion en Colombie a été remontée


Vont-ils finir par détrôner le traditionnel jus d'orange ?
Les mélanges de jus de fruits multivitaminés séduisent de plus en plus les Français.
Certains les consomment frais, comme un produit « détox », mais la plupart d'entre nous les achètent en grande surfaces où ils ont envahi les rayons.
Ces mélanges de jus vous promettent des saveurs exotiques mais surtout de vous apporter de la vitalité grâce à toutes ces vitamines.
Capital a remonté la filière en Colombie où les fruits de la passion, l'un des ingrédients les plus recherchés de ces cocktails, sont produits en masse.
Comment les industriels s'y prennent-ils ensuite pour écraser les prix de ces jus de fruits du bout du monde ?
Et sont-ils vraiment un plus pour votre santé ?

Frédéric Audran


TRANSCRIPTION ÉCRITE DE L'ÉMISSION, À PARTIR DES SOUS-TITRES :

Thomas Sotto : Bonsoir à tous. Bienvenue dans "Capital".
Aujourd'hui, pour faire vendre, il ne suffit plus de dire que des produits ont bon goût.
Les industriels rivalisent d'imagination pour tenter de nous convaincre qu'ils sont bons aussi pour la santé et qu'ils vont nous faire du bien, nous aider à être en forme ou à garder la ligne.
On a voulu savoir ce qui se cachait derrière ces étiquettes et ces jolis arguments marketing.
Certes, tout n'est pas à jeter à la poubelle, loin de là.
Vous allez sûrement être surpris par la face cachée de votre jus d'orange ou de votre plat à zéro calorie.
Faut-il croire aux aliments qui promettent santé et forme ?
Voici le menu.
Ils sont les nouvelles stars du petit-déjeuner.
Les jus de fruits multivitaminés ont envahi les rayons des supermarchés et taillent des croupières aux traditionnels jus d'orange.
On s'est demandé si ces boissons étaient aussi saines et naturelles que l'on veut bien nous le dire.

- Ce sont des produits de synthèse.
C'est très acide.
Voilà la vitamine C.

Thomas Sotto : Tous ces mélanges censés vous booster pour toute la journée ne se valent pas.
Une enquête qui va nous mener jusqu'en Colombie, chez les producteurs de fruits exotiques.
A chaque année, chaque été, son régime à la mode.
Ce soir, on va s'intéresser à une institution : Weight Watchers, et sa méthode qui séduit chaque année des milliers de Françaises et de Français.

- Là, je suis à -100 g.

- Je vais avoir un baptême début juin et la semaine d'après, un mariage.
Je commence à paniquer.

- Ne paniquez pas.
On va en discuter immédiatement.

Thomas Sotto : Derrière ce nom, vous allez découvrir une multinationale américaine créée au départ par une mère de famille.
Une société qui transforme vos kilos en milliards.
Quel est le point commun entre Gwyneth Paltrow, Jessica Alba ou Novak Djokovic ?
Ces vedettes ne mettent plus dans leur filet à provisions que du sans gluten.

- Ma famille, ma mère se sont inquiétées.
Elles se demandaient si j'allais avoir suffisamment de force.
Au contraire, ça a renforcé mon métabolisme.
J'ai gagne de l'endurance sur le court.
Je me sens plus résistant.

Thomas Sotto : C'est le dernier régime alimentaire a la mode.
Les allergiques n'ont pas le choix. Tous les autres sont convaincus que manger sans gluten, c'est bon pour la santé.
Vous verrez comment des restaurateurs et des industriels misent sur cette tendance parfois discutable.
Parmi les produits les plus sains, il y a les fruits.
L'un d'eux est devenu une star mondiale : la Pink Lady.
Vous la reconnaissez puisqu'elle a exactement la même tête et le même goût dans le monde entier.

- C'est notre objectif : parvenir toujours au même degré de qualité partout.
Si c'est du Coca-Cola, peu importe où vous l'achetez sur Terre, ce sera toujours le même.

Thomas Sotto : Elle est vendue dans 70 pays.
De l'Australie à la France, vous verrez comment le succès planétaire de la Pink Lady a été rigoureusement organisé et planifié.



Qui pour douter qu'un verre de jus de fruits le matin est notre meilleur allie pour attaquer la journée ?
Pas grand-monde, si l'on en juge par notre consommation de jus d'orange l'an dernier.
Nous en avons bu 760 M de litres en 2013.
Aujourd'hui, le jus d'orange a de la concurrence : celle des cocktails de fruits, encore meilleurs, encore plus sains, voudrait-on nous faire avaler.
Ce qui est sûr, c'est que vous les aimez, puisqu'ils représentent 18 % des ventes, loin devant le jus de pomme.
Frédéric Audran s'est demandé si derrière la promesse des industriels, ne se cachaient pas quelques petits pépins.

Harmonica.

- Certains croient tellement en leurs bienfaits que pour s'en procurer, ils sont prêts à dépenser des petites fortunes.

- Je vous amène votre cure.

- Merci beaucoup.

- Deux fois par semaine, Anne-Sophie, cette jeune maman, se fait livrer son lot de petites bouteilles de mélanges de jus de fruits avec une pointe de légumes.
Des bouteilles qui ont envahi son frigo.

- Alors, le menu du jour.
D'abord, il y a le verre avec pommes/eau/citron vert/menthe.
On commencerait par celui-ci.
Ensuite, l'orange, ce que t'as, c'est pomme/carotte/citron/herbe de blé.

- Ils adorent les saveurs de ces nouveaux cocktails et sont persuadés que c'est un vrai plus pour leur santé.
Ils en ont fait carrément un régime qu'on appelle une cure detox, censée éliminer les toxines.

- Je trouve que c'est un regain d'énergie.
La purification, ça veut dire qu'on n'a plus mal au ventre, ça élimine le stress, y a que des fruits.
On se sent pas ankylosés.
Ça nettoie complètement de l'intérieur.

- Même leur petit bébé a le droit à sa ration, sans trop en abuser.

- Tiens, Auguste.
On lui en donne pas tout le temps, mais c'est vrai qu'il aime bien.
Après, c'est purifiant.

- Ce couple de trentenaires, aisé, a les moyens de s'offrir un tel régime à base de jus de fruits frais, car il en coûte la bagatelle de 274 euros par personne pour une cure d'une semaine.

- C'est 9,10 euros par bouteille.
C'est sûr que c'est un coût, mais on sait ce qu'on boit et on sait qu'on se fait du bien.

- Ils ont choisi les plus coûteux de ces mélanges de jus de fruits, mais aujourd'hui, vous êtes très nombreux à les consommer à des tarifs beaucoup moins élevés.
Dans les grandes surfaces, ils ressemblent à cela : en bouteille ou en pack, ils se nomment multifruits ou multivitaminés et font une sérieuse concurrence au roi des jus de fruits, le jus d'orange.
On les trouve à tout petit prix.
Ça démarre autour de 0,5 euro, jusqu'à 3 euros le litre, pour sa version haut de gamme.
Pour nous séduire, ils ont deux atouts : d'abord, cet étalage de fruits souvent exotiques dont la tête d'affiche est le fruit de la passion, un produit très onéreux.

- 6 euros le kilo.
Pour faire des jus...
A mon avis, c'est pas gagné.

- Comment les industriels réussissent-ils le tour de force de vous le proposer à petit prix ?
Notre enquête nous a emmenés en Colombie, chez les producteurs.
Mais aussi, dans les usines qui ont des astuces pour faire baisser les coûts.
Mais si vous achetez ces mélanges de jus de fruits pour vous et vos enfants, c'est aussi pour ces multivitamines, promesse de santé et vitalité.
Vous allez découvrir que tout ça n'est pas aussi naturel que vous pourriez le croire.
Pour commencer, le grand art des industriels, c'est de savoir assembler ces jus de fruits si différents.
Une technique que maîtrise également très bien la société qui livre les mélanges de jus de fruits haut de gamme à domicile.

- Ça va être vachement acide.
Il faut faire gaffe.
T'as goûté les fraises, si elles sont acides ?

- Adeline, la patronne, est une experte.
Exemple avec le cocktail baptisé Orange, mais qui contient en fait de la pomme, des carottes et du citron.
Des fruits qui ne sont pas choisis au hasard, car ils sont pleins de vitamines et ils ont des qualités nutritives.

- Le citron est très intéressant à boire le matin parce que ça permet de nettoyer le corps et de clarifier le teint.

- L'autre secret d'un bon jus, c'est de bien doser chacun des ingrédients.
Ça se joue à quelques gouttes

- Une petite goutte de citron encore.
Et même un peu de carotte. Il est un peu sucré.

- Le tout, c'est de trouver le subtil équilibre entre le sucre et l'acidité pour ces cocktails censés donner le coup de fouet du matin.

- Il est très bien. Très bien.

- Dernière contrainte : ces mélanges de fruits frais sont rapidement périssables.
Leurs vitamines se volatilisent en un rien de temps.

- Il faut aller très vite.

- Sinon, les vitamines s'en vont ?

- Ils aiment pas le chaud.
Les jus sont pas pasteurisés.
C'est vraiment naturel.
La pomme est prise, pressée et mise en bouteille.
Y a aucun secret.
Tout est transparent.

- Voilà pourquoi ces jus de fruits frais artisanaux et haut de gamme sont livres en express par coursier.
Mais qu'on soit un fabricant artisanal ou un industriel, doser les fruits, ce n'est pas qu'une histoire de goût, c'est surtout une histoire de coût. Rungis, 5h du matin. Max, d'origine allemande, est le mari d'Adeline.
C'est lui qui vient deux fois par semaine faire les courses en

- Il faut y aller tôt pour trouver les bonnes affaires.
Sinon, tout est vendu.

- Aujourd'hui, sa liste comprend une sélection très variée.
Curieusement, ce qu'il va acheter en plus grande quantité, ce ne sont pas les fruits exotiques qui plaisent tant, mais les produits les plus communs, comme l'orange et surtout, la pomme.
Et pas seulement parce qu'ils ont un goût neutre, idéal pour la base d'un jus, mais surtout parce qu'ils sont plus économiques.

- Chez les pommes, je cherche à m'approcher le plus possible d'1 euro, 1,10 euro le kilo.
J'achète presque 700 kg de pommes par semaine.
Chaque centime, je le ressens dans mon porte-monnaie.

- Comme à chaque fois, il va chercher à obtenir le meilleur prix possible avec son fournisseur.

- Je cherche une pomme qui est très juteuse, un peu acidulée, et habituellement, j'achète la Granny, mais là, j'en ai pas vu.

- On a reçu de la pomme italienne.
En française, on arrive à la fin. Idared, Canada, qui est plus pour la cuisson.
Et après, vous avez de la Fuji.
Elle ira plus dans votre attente.

- C'est bon. On peut juste parler prix deux minutes ?

- 1,40.

- Ça a augmenté.
Y a encore quelques semaines, j'ai acheté à 1,10-1,20.
Je vais faire avec ça.

- C'est la fin de saison en France.
Les pommes doivent venir de plus loin, d'Italie.
Et c'est donc plus cher.
Mais pour les fruits exotiques, dont nous sommes si friands, Max va devoir débourser encore bien davantage, exemple avec les ananas.
Il a le choix entre deux variétés.

- Moi, je te conseille celui-ci.
Il vient par bateau.
Donc, plus économique et écologique.

- Après, pas du tout mûr et moins juteux.
J'ai goûté celui-la tout a l'heure.
J'ai trouvé qu'il était beaucoup

- 2,75 euros, il est deux fois plus cher car il arrive par avion.

- Ça dégouline tout de suite.

- Forcément, il a mûri sur son arbre, sur son pied.

- Ça n'a rien à voir. Je prends le plus cher.
Ça me sert à rien de prendre le petit, qui me donne moins de jus.
Je vais me rattraper sur le fait qu'un ananas va donner le double de jus qu'un ananas moins cher.

- Parmi tous ces fruits exotiques, celui qui lui pose le plus de problèmes, c'est le fameux fruit de la passion.

- Vous le vendez à combien ?

- 6 euros le kilo.

- Ça fait deux cuillères.
C'est pas du tout intéressant.
Il faut presque une caisse pour faire 500 ml de jus.

- A cause de toutes ses graines, il n'est pas du tout juteux et revient trop cher, même pour ce producteur haut de gamme.
Alors, comment s'y prennent les industriels pour le mettre en avant et vous le proposer à des prix défiant toute concurrence ?
Olivier Dauvers, spécialiste de la grande distribution, connaît bien tous les secrets des fabricants et comment ils savent rendre leurs produits plus sexy.

- Le fruit de la passion, c'est un fruit qui fait autrement plus rêver que du raisin, de la banane ou de l'orange.
C'est le fruit emblématique des fruits exotiques qui, eux-mêmes, dans l'imaginaire du consommateur, ont plus de valeur supposée que des fruits "basiques" de chez nous.

- Il nous révèle une petite astuce bien connue des fabricants.
Sur les étiquettes, la loi les oblige simplement à classer les fruits par ordre décroissant.
Un léger flou dont certains profitent.

- Si on mettait l'étiquette en proportion des fruits qui sont dans la recette, ce que vous verriez d'abord et avant tout, ça serait de la pomme et de l'orange.
On devrait sans doute plus indiquer le pourcentage de pomme, d'orange et peut-être qu'à ce moment-là, on serait surpris de voir que la goyave, le fruit de la passion, Pananas l'ananas ou la mangue sont présents là-dedans en toute petite quantité, de manière moins importante que ce que laisse à penser le packaging.

- Ces fruits exotiques, comme le fruit de la passion, qui nous font rêver, ils sont toujours visualisés en gros sur l'étiquette, mais quelle est leur vraie proportion ?
Pour en avoir le cœur net, nous avons pris neuf bouteilles qui couvrent toute la gamme des prix.
Nous partons à Dijon les faire analyser dans ce laboratoire spécialisé dans les arômes.
Première impression des chimistes : ils ont bien du mal à déceler la passion en reniflant les bouteilles.

- Ça, c'est un jus où je suis capable de percevoir sans problème la présence d'orange et d'ananas.
Peut-être bien aussi du fruit de la passion, mais je ne mettrais pas ma main a couper.
Il faudrait analyser.

- Ces échantillons vont être analyses par cet appareil.
Au bout de quelques heures, les premiers résultats tombent : pas très fameux.
Comme pour ce nectar premier prix.

- Le résultat que nous avons obtenu indiquerait qu'il y a effectivement présence de jus de fruit de la passion dans ce produit.
Avec une teneur faible. 0,2 %, c'est quand même peu.
Il faut bien le reconnaître.

- 0,2 %, ça fait à peine quelques gouttes dans cette pipette.

- Je pourrais m'imaginer que l'apport est relativement faible, voire inexistant.

- C'est noyé dans le sucre ?

- Dans les arômes qu'apportent les autres fruits.

- Même les cocktails les plus chers ne sont pas très généreux.
La proportion de fruit de la passion dépasse rarement 3 %.
Comme pour cette marque à 3 euros le litre.
Mais comment expliquer que ce jus utilisé au compte-gouttes par les industriels soit aussi cher ?
Pour avoir la réponse, nous sommes remontés jusqu'à la terre d'origine de notre fameux fruit de la passion.
Il ne pousse que dans des régions au climat tropical, notamment en Colombie.
En pleine Cordillère des Andes, dans la région du Quindio.
Dans cet eldorado agricole, la population vit de la culture du café et des fruits tropicaux.
Boire des jus naturels fait partie des coutumes locales des Colombiens.
On en consomme tout le temps, même au bord des routes.
Et quand on sillonne la région, partout, on tombe sur des plantations qui ont fait la fortune de petits producteurs.
Ricardo est l'un d'eux.
Cet ingénieur agronome s'est lancé il y a 20 ans dans la production de fruits.
De chez lui, il peut même contempler ses 8 ha de culture.

- Là, vous voyez, il y a des fruits de la passion qui poussent.
Et juste à côté, il y a aussi des oranges, des clémentines.
Produire des fruits, c'est très rentable.
On en consomme beaucoup ici, mais on en vend aussi beaucoup à l'étranger.
On a de plus en plus de demande à l'exportation.

- Sur cette terre bénie des cieux, les fruits poussent toute l'année.
On peut en récolter chaque jour.

- Encore 50 m. On va aller voir par là-bas.

- Caches sous leur feuillage, c'est le long de ces plantes grimpantes que l'on cueille les fruits de la passion.

- On a une bonne série, là. C'est...

- Première surprise.
La maracuja, comme on l'appelle ici, n'a rien à voir avec le petit fruit violet qu'on trouve en France.
C'est une autre variété.
Quand il est mûr, il devient tout jaune.
Et surtout, il est quatre fois plus gros.

- Il a une bonne épaisseur.
Il a l'air bien.

- Cette variété colombienne a l'avantage d'être plus juteuse.

- On a la chance d'être sur une très bonne terre, une terre volcanique.
Et le fruit de la passion, c'est une culture qui a besoin de beaucoup d'eau et de pluie.
La tempête qui se prépare, là, c'est parfait.
C'est ce climat tropical qui donne toute la saveur aux fruits.

- Mais les cultivateurs ont beau jouir de conditions idéales en Colombie, ce fruit est cher à produire, car il exige énormément de soins.
D'abord, il ne suffit pas de le regarder pousser.
C'est ce qui nous a frappés en allant voir le plus gros producteur de la région : Josue.
Avec l'explosion de la demande mondiale, il s'est lancé dans la culture intensive avec son cocktail de produits chimiques.

- On est en train de mettre de l'herbicide.
Ça sert à avoir une bonne récolte.
Il en faut pour que la plante soit forte et résiste à l'hiver.

- Il faut aussi mettre de l'engrais, et surtout, trois fois par semaine, asperger les plants de pesticides.

- Commence par le fond.

- Depuis quelques années, un parasite décime les récoltes.
Pour en venir à bout, on utilise ce pesticide, du Roxion.
Un produit autorisé en Europe, mais qui reste très toxique pour l'homme.

- Mes gars ne veulent pas mettre de protection.
Ils disent qu'ils ont trop chaud sous leur casque.
Ça les fait suffoquer.
Ça met de la buée sur leurs lunettes.

- Vous savez que c'est toxique ?

- Non.

- C'est du poison, tu peux le dire.

- Des pesticides, des engrais, mais pas seulement.
Il faut aussi une main-d'oeuvre nombreuse.

- Il faut faire vite !
La fleur de maracuja s'ouvre et si on fumigène pendant ce temps, on va tuer les bourdons qui sont indispensables à la pollinisation.

- C'est ce qui rend ce fruit de la passion si singulier : il ne réclame pas que de la chimie lourde, mais aussi beaucoup de délicatesse.
Miracle de la nature, ce n'est qu'à 13h, quand le soleil est au zénith, que les fleurs s'ouvrent.
Le moment-clé où les bourdons vont les butiner.
Ils transportent le pollen d'une fleur à l'autre.
C'est ce processus de fécondation qui donne le fruit, mais comme cette main-d'oeuvre gratuite est insuffisante, Josue fait aussi appel à une autre catégorie de pollinisatrices.

- Attention, tu en oublies.
Tu oublies des fleurs.
On passe le pollen d'une fleur à l'autre.

- Mais pourquoi des femmes ?

- Parce que leurs mains sont plus fines et plus douces.
La fleur ne s'ouvre qu'une seule fois dans sa vie.
Demain, elle ne s'ouvrira plus.
Si personne ne fait ce travail, la fleur meurt.
Ça fait un fruit en moins.

- Une quarantaine de femmes pour ce travail tout en doigté.
Mais aussi une trentaine d'hommes pour jouer les manœuvres et assurer la récolte.
Et même si le salaire local n'est que de 220 euros par mois, ces travailleurs très nombreux ont un coût.
Mais ce qui va faire vraiment grimper le prix de notre jus, c'est l'étape suivante.
Tout se joue à quelques kilomètres de là, dans cette usine.
Ici sont transformées et mélangées chaque jour 200 t de fruits exotiques.
Sous l’œil du directeur, Luis Fernando Botero.
Au programme, aujourd'hui : de la mangue et du fruit de la passion, bien

- Comment ils sont, les fruits ?
Bien ?
Là, on est en train de décharger.
Le processus va commencer tout de suite.
On va faire un premier lavage.
En tout, il y en aura trois.

- Il faut trois lavages pour nettoyer les fruits et éliminer toute trace de pesticides.
Vous n'en retrouverez pas dans le jus.
Les fruits de la passion sont ensuite triés.
On enlève les moins mûrs ou les plus abîmés à la main.
C'est au moment du pressage que l'on comprend pourquoi ce jus est si cher.
Une fois qu'on a enlevé les grosses écorces, puis retiré tous les pépins, il reste très peu de pulpe.
Résultat : il faut presque 4 kg de fruits pour obtenir 1 Ide jus de fruit de la passion.
Pour le jus d'orange, c'est deux fois moins.
A ce stade, on obtient ce qu'il y a de mieux : un pur jus de fruits de la passion.
Associé avec d'autres jus, comme l'orange ou l'ananas, on obtiendra une bouteille haut de gamme vendue au minimum 1,6 euro.
Alors, pour pouvoir vous proposer des jus moins chers, les industriels ont une première astuce.

- La pulpe arrive ici.
Elle est stockée là, dans ce réservoir.
Et après, on va la concentrer ici.

- Ils vont produire un concentré du jus.
On l'obtient après deux chauffages.
Le premier à 30 degrés, qui évapore une grande partie de l'eau.
Peau.Le l'eau.
Le second, à 95 degrés, qui stérilise le jus pour une longue conservation.
On appelle ça la pasteurisation.
Inconvénient majeur : lors de cette cuisson, le fruit va perdre la plupart de ses vitamines.
Et au final, on obtient cette purée dense et visqueuse.

- Cette matière-là, c'est le concentré de fruit de la passion.
Un produit épais, consistant, et qui n'a presque plus d'eau.
Celui-là, c'est le jus naturel, tel qu'il sort du fruit.
C'est comme à la maison quand vous le pressez.
Et le résultat, ça donne ça.

- L'avantage du concentré pour les industriels, c'est qu'il est trois fois moins lourd et moins cher à transporter que du pur jus.
Il sera expédié dans ces bidons de 250 kg.
En Europe, les fabricants de nos jus n'auront plus qu'à le reconstituer dans leurs usines.
Une manipulation ultra simple.
Pour fabriquer du jus de la passion à base de concentré, il suffit tout bêtement de rajouter l'eau qui a disparu lors de la cuisson.
Ce jus concentré, associé à celui d'autres fruits, puis dilue dans l'eau, permettra d'obtenir une bouteille aux environs de 1 euro.
Mais pour faire encore moins cher, il reste une dernière solution : le nectar, qui porte mal son nom.
C'est toujours à base de jus concentré, sauf qu'on en est encore moins et on le dilue avec plus d'eau.

- On en met encore moins.
Pour lui redonner du goût, on ajoute du sucre.
C'est la version bas de gamme, vendue à partir de 0,5 euro le litre.
Alors, ces jus déjà très sucrés naturellement, et auxquels on ajoute donc parfois du sucre, sont-ils vraiment intéressants pour...

- Alors, ces jus déjà très sucres naturellement, et auxquels on ajoute donc parfois du sont-ils vraiment la santé ?
Paradoxalement, selon le nutritionniste Jean-Michel Cohen, ce sont ces sucres et non pas les vitamines qui nous permettent d'avoir un petit coup de fouet le matin avec ces boissons.

- On est dans une promesse "fantasmique", c'est-à-dire le jus d'orange qui va me donner de l'énergie parce qu'il contient de la vitamine C.
Mais la réalité, c'est le sucre, qui est contenu à l'intérieur, qui donne ce petit regain de vitalité parce qu'il alimente directement le muscle d'un seul coup.

- L'inconvénient, c'est qu'on frise parfois la surdose.
Comme avec un verre de 200 ml de ce nectar.

- C'est 24 g de sucre pour 100 g. 4, 6...
J'ai pris ça en sucre.
Après, c'est normal, on est un peu plus en forme.

- Et si l'on compare ce taux avec celui contenu dans un soda, le résultat a de quoi surprendre.

- Ce sera un tout petit peu moins de sucre.
Ce sera huit carrés de sucre.

- Huit morceaux au lieu de 10.

- On parle souvent des sodas et puis, le fait qu'il y ait cette notion de vitamines qui soient attachées au jus de fruits, ça donne un côté vertueux au jus de fruits mais en réalité, c'est un produit relativement sucré.

- Mais alors, ces vitamines mises en avant par tous ces cocktails multifruits, sont-elles toujours au rendez-vous ?
On a pourtant vu que pour les concentrer, elles sont détruites lors de la cuisson.
Par quel mystère réapparaissent-elles ?
C'est François Chardan, ancien consultant pour l'industrie agroalimentaire, qui va nous l'expliquer.

- Ce sont des produits de synthèse.

- C'est fabriqué.

- C'est de la biochimie.
La chimie du carbone.
C'est fabrique industriellement et ce sont les mêmes vitamines utilisées dans l'alimentaire et en pharmacie.

- Et voici un échantillon de la plus utilisée des vitamines : la vitamine C.

- C'est une poudre blanche, mais le sucre, c'est un peu pareil.
C'est très acide.
Voilà la vitamine C.

- Cette poudre blanche est fabriquée dans des usines, le plus souvent en Chine.
A partir de céréales comme le maïs, on en extrait du sorbitol, un dérivé du sucre.
On y rajoute des micro-organismes, comme des levures, qui vont fermenter pendant plusieurs jours.
On obtient ainsi une mélasse, que l'on filtre puis qu'on fait sécher.
Le résultat donne cette vitamine artificielle, mais sans aucun danger pour la santé.
Il suffit d'en mettre très peu.

- Dans une bouteille, une pincée.

- Soit, dans une bouteille de 1 I, 24 mg de vitamines de synthèse à peine.
Ça ne coûte à l'industriel qu'un centime et demi.

- Ça n'est pas du poison.
On a remis l'équivalent à 100 % de ce que le procédé industriel de transport de concentration avait éliminé.

- Ça, il ne faudrait pas le dire ?

- C'est écrit là.
Les étiquettes commencent à être sacrément chargées.

- En fait, peu de gens le savent, mais quand il est écrit dans les ingrédients qu'il y a des vitamines, elles sont forcément de...

- Vous avez ici les vitamines de restauration, c'est la législation qui impose les quantités par rapport aux fruits qui sont ici.

- Avec ces saveurs nouvelles et qui restent, elles, naturelles, ces mélanges de jus de fruits continuent de séduire.
Un jus de fruits sur quatre consommé en France est un mélange multifruits.

...

Thomas Sotto : A chaque année, chaque saison, chaque printemps, son régime à la mode.
Ils se succèdent les uns aux autres, nous font perdre quelques kilos, que l'on reprend assez vite.
Tous ceux qui ont tenté le régime Dukan pourront vous en parler.
Et puis, il y a un point fixe.
Ça fait un demi-siècle maintenant que Weight Watchers se propose de surveiller nos assiettes.
L'idée, c'est de faire son régime en groupe.
Cette méthode phénomène, parfois contestée, est suivie par 2 M de personnes dans le monde.
Ce soir, Julie Lotz a décidé de vous raconter la saga Weight Watchers.
Plus vous perdez du poids, plus leur tiroir-caisse à eux enfle.

- Ce sont de drôles de réunions qui ressemblent un peu à celles des Alcooliques Anonymes.
A quelques différences près. Ici, on commence par se poser. -

- Se peser. A l'intérieur, près de 40 personnes.
En majorité des femmes.
Elles vont partager pendant une heure toutes leurs difficultés à perdre du poids.
Elles confient leurs petites victoires quotidiennes et aussi les moments où elles craquent.
Cette semaine, par exemple, Eloïse s'est légèrement laissée aller.

- J'ai pris mon pot de Nutella, je l'ai pesé et je suis allée m'asseoir devant la télé, avec ma cuillère, en me disant : "J'espère que j'en prends pas trop".
C'est pas non plus délirant en soi. C'est pas énorme.

- Y avait aussi des biscuits chocolatés, si j'ai bien compris.

- Oui, un autre jour. Toujours un soir.

- Vous avez pris ou perdu du poids ?

- Là, je suis à -100 g.

- On va dire que vous avez réussi néanmoins à stabiliser le poids et faire en sorte que la semaine ne soit pas un carnage total.

- Oui.

- Encouragés par l'animatrice, les participants livrent leurs angoisses et racontent leurs épreuves à venir.

- Une salade de fruits.

- Quand vous êtes invités, comment vous faites ?

- C'est pas facile. Je vais avoir un baptême début juin et la semaine d'après, je suis de mariage.
Je commence à paniquer.

- Ne paniquez pas.
On va en discuter immédiatement.
Cette semaine, notre thème est celui des beaux jours.

- Au gré des saisons, les sujets varient pour répondre à leurs préoccupations.
En ce printemps, les fêtes familiales, où les tentations sont nombreuses.

- Y a des choses qu'on n'a pas dites et que j'ai préparées pour vous.
La première, c'est de ne pas arriver le ventre vide.
Pourquoi ?

- Sinon, on se jette sur n'importe quoi.

- Vous allez arriver affamés et vous allez vous jeter sur n'importe quoi.

- Pour profiter des conseils, chaque participant débourse 42 euros par mois.


.../...

 

 

Une transcription est aussi présentée au lien :

http://telescoop.tv/browse/505941/1/capital.html?q=capital




 

LES FORTUNES DU "SANS GLUTEN" &
LA POMME PINK LADY
Émission "Faut-il croire aux produits qui promettent la santé et la forme ?"

M6 - Magazine Capital - Dimanche 8 juin 2014 à 20h50

VIDÉOS - PRÉSENTATION - TRANSCRIPTION ÉCRITE



Photo de l'album de Facebook

Vidéo disponible...
Publication sur Dailymotion suspendue :
http://www.dailymotion.com/video/x1z6swz (48'38)


Gluten : Les fortunes du "sans gluten" M6 - 8... par conscience33

 

L'émission :
http://www.m6.fr/emission-capital/08-06-2014-alimentation_faut_il_croire_aux_produits_qui_promettent_la_sante_et_la_forme/
Les fortunes du "sans Gluten" et La pomme Pink Lady, c'est à partir de 58'29

Replay :
http://www.6play.fr/m6/capital/11370766-alimentation-faut-il-croire-aux-produits-qui-promettent-la-sante-et-la-forme#/m6/capital/11370766-alimentation-faut-il-croire-aux-produits-qui-promettent-la-sante-et-la-forme (1h47)
Les fortunes du "sans Gluten" et La pomme Pink Lady, c'est à partir de 58'29

Extrait de la troisième partie concernant le gluten :
http://www.m6.fr/emission-capital/videos/11371540-novak_djokovic_son_regime_sans_gluten.html

 



PRÉSENTATION :


Les fortunes du « sans gluten ».
Près d'1% de la population serait allergique à cette protéine présente dans le blé ou le seigle et très utilisée par l'industrie agroalimentaire

La tendance ne cesse de gagner du terrain. Lady Gaga, Victoria Beckham ou bien encore Manuel Valls sont passés au régime sans gluten.
Pourtant il n'y a que 1% de la population qui est vraiment allergique à cette protéine présente dans le blé ou le seigle.
Mais pour beaucoup, se passer de ce produit très utilisé par l'industrie agro-alimentaire permettrait d'avoir une meilleure digestion et plus de tonus.
Du coup les produits sans gluten vendus à des prix plutôt élevés se multiplient.
Qui tire profit de cette nouvelle mode et faut-il céder à la folie du sans gluten ?

Rim Khalifa


TRANSCRIPTION ÉCRITE DE L'ÉMISSION, À PARTIR DES SOUS-TITRES :

Les fortunes du sans gluten

Thomas Sotto : Manger sans gluten, au départ, c'était une contrainte médicale, mais aujourd'hui, c'est presque devenu une mode et donc, un argument marketing.
Rim Khalifa a donc mené l'enquête et démêlé le vrai du faux sur cette nouvelle phobie très bien orchestrée du gluten.

- Ces derniers jours, on avait plutôt l'habitude de le voir envoyer de grands coups droits sur les courts de Roland-Garros plutôt que de jouer les VRP de luxe dans les couloirs des grands hôtels.

- Enchanté, merci d'être venue. Comment ça va ?

- Novak Djokovic, le numéro 2 mondial de tennis.
A notre grande surprise...

- Voici le magasin, juste derrière

-..il fait la promotion d'une gamme de produits qui ont pour seul argument d'être sans gluten.

- Voici les snacks.
Et là, ce sont les pâtes.
Elles sont très bonnes.
Et puis, il y a les spaghettis, et ce type de pain.
Vraiment très bon.

- Des produits alimentaires qui auraient fait de lui un champion.
Car au départ, il souffrait de problèmes de santé inexpliqués.

- A partir de l'âge de 10 ans, j'ai eu des problèmes respiratoires.
J'avais aussi des Sinusites.
Ça me posait beaucoup de soucis sur les courts de tennis, quand je jouais de longs matches.

- Il y a quatre ans, il se met au sans gluten et ses performances explosent.
Dans ce livre, il raconte que ce régime alimentaire lui aurait permis d'acquérir une parfaite forme physique.
Même si, au départ, ses proches n'étaient pas convaincus.

- Ma famille, ma mère, se sont inquiétées pour savoir si j'allais avoir suffisamment de force.
Mais au contraire, le sans gluten a renforce mon métabolisme.
J'ai gagné en endurance sur les courts.
Je me sens plus résistant.

- Aujourd'hui, Novak Djokovic est persuadé que les aliments sans gluten lui ont permis d'accéder au sommet du tennis mondial.
Alors, le sans gluten serait-il devenu la nouvelle potion magique ?
Le sans gluten, c'est l'histoire incroyable de produits destinés d'abord à des gens malades et qui, aujourd'hui, séduisent beaucoup plus largement.
Un phénomène de mode.
On ne compte plus les articles qui vantent les mérites du sans gluten.
On parle même de folie et des dizaines de personnalités se sont converties.
L'actrice américaine Gwyneth Paltrow ou l'idole des ados, Miley Cyrus.
Et même notre Premier ministre, Manuel Valls.
Résultat : un marché parti de zéro désormais en plein essor.
Le chiffre d'affaires du secteur a été multiplie par 15 en seulement six ans.
Autrefois vendus uniquement pharmacie, aujourd'hui, les produits sans gluten envahissent les rayons des supermarchés.
On trouve des biscuits, des pâtes, du pain.
Au total, plus d'une centaine de marques.
Car des dizaines d'entrepreneurs se sont lances.
Y a-t-il vraiment un intérêt à manger du sans gluten et quels sont les dessous de cette nouvelle mode alimentaire ?

- Au départ, les produits sans gluten s'adressaient à des personnes comme Helena.
Si cette étudiante en médecine de 20 ans mange quelque chose qui contient du gluten, elle est prise de maux de ventre extrêmement violents.

- Ça me donne mal au ventre, je dois me mettre au lit et je suis clouée au lit, parfois même pendant plusieurs jours.
De douleur. J'ai mal quand je suis debout. Il n'y a qu'allongée que ça va.

- Il y a quatre ans, elle consulte alors un médecin qui lui conseille d'arrêter le gluten.
Cela lui fait du bien, mais elle doit se priver d'un certain nombre d'aliments.

- Tout ça, je peux pas manger.
C'est du blé, des pâtes normales.

- Mais alors, le gluten, de quoi s'agit-il ?
Où se cache-t-il ?
On le trouve dans les céréales comme le blé, l'orge ou le seigle.
Il est invisible à l'oeil nu.
Dans les grains de blé, il y a deux composants : la gluténine et la gliadine.
Pour fabriquer la farine, les grains de blé sont moulus.
C'est lorsque la farine est mélangée et petrie avec de l'eau pour faire de la pâte que les deux composants se combinent et forment la protéine de gluten.
Voilà pourquoi on le retrouve dans les préparations à base de farine de blé : les biscottes, le pain, les gâteaux, les pâtes et même plus surprenant : dans le jambon et les plats cuisinés, où il est utilisé comme épaississant.
Depuis une quinzaine d'années, on diagnostique mieux les personnes intolérantes au gluten, comme Novak Djokovic.
S'il en mange, cela peut lui provoquer, sur la durée, des lésions à l'intestin, qui peuvent aller jusqu'au cancer.
C'est ce que l'on appelle être coeliaque.
Ce régime sans gluten aurait pu rester cantonné au cercle limité des malades, mais il s'est transformé en phénomène de mode.
Un phénomène importé des États-Unis, où certains médecins ont popularisé ce régime, comme le cardiologue William Davis.
Il a fait de son livre un best-seller, vendu à 1 M d'exemplaires.
Il y raconte que beaucoup de ses patients se sont sentis bien mieux après avoir cessé de manger du blé.

- Les gens se sentent incroyablement mieux, juste en arrêtant de manger du blé.

- Le sans gluten s'est alors retrouvé paré de toutes les vertus.
A en croire les magazines, il permettrait de retrouver la forme, d'améliorer le transit intestinal, d'obtenir une belle peau et même, de perdre du poids.
Depuis quelques années, le marché s'est donc considérablement élargi et le sans gluten est devenu très tendance.
A Paris, sur les Grands Boulevards, les adeptes du sans gluten ont même leur restaurant.
La patronne, Frédérique Jules, 43 ans, a ouvert cette cantine branchée car elle-même était intolérante au gluten et ne pouvait pas déjeuner au restaurant comme tout le monde.

- Je suis intolérante au gluten, diagnostiquée il y a 15 ans.
C'est quelque chose que je vis depuis longtemps.
Je trouvais qu'il n'y avait pas d'offres pour répondre à nos envies gourmandes.

- Dans ce restaurant, on trouve des gens comme elle, qui ne supportent pas du tout le gluten.

- Tout va bien ?
Ça vous plaît ?

- C'est le cas de cette jeune fille, qui vit en Allemagne.

- On vient d'Hambourg, on a pris l'avion ce matin.
On s'est dit qu'on allait passer la journée a Paris pour pouvoir manger le midi ici.

- Mais beaucoup d'autres viennent par curiosité, parce que c'est dans l'air du temps.

- On aime bien tout ce qui est... un peu solution de santé alternative, manger mieux.

- C'est l'une de mes amies qui m'en a parlé.
Voilà.
Le bouche-à-oreille plus un petit article.

- Et vous voilà ici.

- Voilà !

- Le sans gluten est en passe de devenir le symbole du manger sain.
Mais pour suivre cette mode, il faut avoir les moyens.
Démonstration dans ce supermarché, où les produits sans gluten ont envahi les rayons.
Nous prenons deux paniers.
Nous remplissons le premier de produits à base de farine de blé, contenant donc du gluten.
Des pâtes, des biscottes, des biscuits et du jambon.
Au total, sept articles que nous consommons tous les jours.
Dans le deuxième, les mêmes denrées mais, cette fois-ci, en version sans gluten.
Le passage en caisse va être sans appel.
Pour le panier classique...

- Et pour les produits sans gluten, c'est pratiquement le double.

- Dans cette grande surface, les produits sans gluten sont donc deux fois plus chers.
Ces tarifs sont-ils justifiés ?
Les marques profitent-elles de la mode pour gonfler leurs marges ?

- En Picardie, le pionnier du secteur vient de racheter cette usine pour la convertir au sans gluten.
Bruno Pierre, 52 ans.
Chaque jour sortent de ses chaînes de fabrication 20 000 biscuits et pains sans gluten.
Bruno Pierre possède ses propres marques, mais il fabrique aussi pour la grande distribution.
Un groupe en plein boum d'une centaine de salariés.
Cet homme presse n'a pas eu le temps de changer le papier peint.

- Je savais que vous feriez une remarque sur le papier peint.
C'est une usine qui a 10 ans.
On l'a reprise il y a quelques mois.
Y a le papier peint à refaire.

- En réalité, son aventure avec le sans gluten ne date pas d'hier.
Cet ingénieur agroalimentaire avait 27 ans lorsqu'il a croisé le fils d'un ami intolérant au gluten, comme Djokovic et qui avait toutes les peines du monde à s'alimenter.

- A l'époque, les pains étaient importés principalement d'Angleterre, sous cette forme-là, ce qui est incroyable.
L'enfant qui était concerné, le pauvre, avait à ouvrir sa boîte de pain de conserve, à sortir son pain, à le faire rafraîchir.
Forcément, un peu sec et un peu déshydraté.
C'est là qu'on s'est dit : le pain, c'est l'aliment de base.
On a commencé à faire des produits frais, des pains frais, plutôt que ces produits.

- Par défi, il se lance dans des recherches pour réussir à faire du pain sans gluten qui soit aussi bon que du pain normal.
Il découvre alors l'ampleur de la tâche.
Lorsqu'on remplace la farine de blé, qui contient du gluten, par une autre sans gluten, comme ici, la farine de riz, voilà le piètre résultat.

- On obtient un pain qui est très, très dur.
Très compact aussi.
Et qui s'émiette tout autant.

- Une brique très sèche.

- Ça ressemble pas du tout à du - Sans gluten, impossible de reproduire l'aspect gonflé et moelleux du pain.
C'est l'une des propriétés essentielles de cette protéine.
Elle retient les bulles de gaz produites par les levures, qui font gonfler la pâte.

- Quand vous êtes sur un pain avec du gluten, vous avez un agent, la levure, qui va produire des gaz et le gluten va retenir les gaz.
On va avoir un pain développé.

- Alors, quelle solution a-t-il trouvée ?
Bruno Pierre a passé 3 ans dans sa cuisine pour mettre au point la recette.
C'est ce cocktail savant de farines et de gommes végétales qui va faire le même travail que le gluten.
Sa collaboratrice nous dévoile la recette.

- Là, on a la farine de maïs, de la gomme de guar, de l'amidon, de la farine de riz et des fibres.

- Plus de cinq ingrédients au total pour remplacer la farine de blé et son gluten.
A la sortie du four, voici le résultat.

- Qu'est-ce ça donne ?

- C'est bien

- Le pain est bien gonflé et doré.
Il n'a plus rien à voir avec les premiers essais.

- On voit qu'il y a plein de petites alvéoles, de petits trous.
Ça permet d'avoir un produit qui est aéré, assez moelleux à l'intérieur.

- Il a donc mis 3 ans à trouver la recette du pain sans gluten.
Il n'est pas au bout de ses peines car Bruno Pierre veut faire des versions sans gluten de tous les biscuits que l'on peut trouver en grande surface.
Il va devoir investir.
Car le sans gluten, cela coûte cher en recherche, mais pas seulement.

- Ça a redémarré au niveau du conditionnement.

- Dans cette usine, il produit par exemple des madeleines.
Ce qui fait flamber sa facture, ce sont tout d'abord les fameux ingrédients qui remplacent la farine de blé.

- On a des matières premières comme le riz, la farine de riz...
On est, suivant les années, entre 500 et 800 euros la tonne.
En farine de blé conventionnelle, vous tournez à 350 euros la tonne.

- Tous ces substituts à la farine de blé reviennent deux à trois fois plus chers à Bruno Pierre.
Comme le marché ne fait que démarrer, il ne peut pas se rattraper sur les volumes.

- Une cuve, chez un très gros industriel, elle ferait deux ou trois fois cette taille.
Nous, on est sur des plus petites séries.
On a des tailles adaptées.
Pour éviter aussi que la pâte sèche.

- Tous ces surcoûts l'obligent à vendre ses produits deux fois plus chers en magasin.
Pour l'instant, il prend une marge très faible.
Mais pour convaincre le consommateur de payer le prix fort, il peut compter sur un argument de vente très prisé par les amateurs.
Ce petit logo avec un épi barré, accompagné de la mention "sans gluten".
Pour Helena, qui est passée au sans gluten depuis un moment, ce sigle fait toute la différence.

- Quand il n'y a pas le logo, je me dis toujours qu'il peut y avoir du gluten caché.
Donc, je vais prendre celles avec le logo.

- Car ce logo garantit que le produit contient moins de 20 mg de gluten par kilo.
Une norme extrêmement stricte, définie par un règlement européen.
Ce n'est pas un problème pour des industriels comme Bruno Pierre, qui ne fabriquent que des produits sans gluten.
Mais pour les autres, qui faisaient avant des produits traditionnels et qui sont arrivés sur le marché par opportunisme, c'est plus compliqué.
Vous allez voir que certains ne jouent pas tout a fait le jeu.

- Au coeur de la Provence, dans cette biscuiterie, Frank Bédouin, c'est un peu le bon élève.
A l'origine, il fabriquait ses biscuits traditionnels contenant du gluten.
Il y a huit ans, quand il a souhaité se lancer sur le marche du sans gluten, il a rencontré un problème.

- Vous voyez la farine ?
Quand on verse de la farine, c'est très volatil, la farine.
Ça va forcément aller se fixer sur les murs, sur les parois.

- En sîncrustant partout, les particules de farine risquent de contaminer les produits sans gluten, fabriqués à côté.
Pour obtenir le précieux logo qui vous garantit du strict sans gluten, Frank Bedouin a dû mettre le paquet.
Il a construit une usine avec deux chaînes de production séparées, l'une pour le gluten et l'autre pour le sans gluten.
Pour éviter toute contamination, elles sont hermétiquement séparées.

- On entre dans la zone sans gluten.
On arrive tout de suite au niveau du vestiaire.
On va devoir se changer.

- Chaque zone a son code couleur.
Rouge pour le sans gluten, bleu pour le gluten.
Les bacs, les pelles, les balais, tout a été pensé jusqu'au moindre détail.

- Le code couleur rouge est indispensable si on veut éviter de se retrouver avec des ustensiles qui proviennent de l'atelier à base de farine et qui donc peuvent contaminer nos produits.

- Au total, Frank Bédouin a déboursé 1,5 M d'euros, mais il a gagné son pari.
Il peut afficher la mention "sans gluten" et le fameux épi barre, tellement rassurant pour le consommateur.
D'autres sont un peu moins clairs avec vous.
C'est le cas, en Savoie.
Dans l'usine de Bruno Anquetil, on fabrique toute la journée du pain.
Plus de 5 t par jour.
Pratiquement tous à base de farine de blé, donc avec du gluten.
Dans la même pièce, on fait aussi du pain sans gluten, à base de farine de riz et de sarrasin, mais la pâte est à peine protégée.

- Ce sont des recettes qui sont traitées à part.
Il y a une pré-préparation des matières premières, dans des bacs qui sont couverts, de façon à ce qu'il y ait le moins de pollution possible avec la farine de blé qu'il pourrait y avoir dans l'air ambiant.

- Comme à la maison, il utilise simplement un cellophane pour les protéger.
Du coup, ces produits risquent de contenir du gluten.
Mais cela ne lui pose pas vraiment de problème.

- Il y a du gluten, dans votre pain sans gluten ?

- Dans notre pain, il y a des traces de gluten, tout à...

- Selon lui, il y a 40 mg de gluten par kilo dans son pain.
C'est deux fois plus que le taux autorisé par cette norme européenne.
D'après ce texte, il n'a donc pas le droit d'avoir l'épi de blé, ni d'inscrire la mention "sans gluten" sur l'emballage.
Mais comme cette mention fait vendre, il joue avec les mots.
Sur le paquet est donc écrit : "Recette naturellement sans gluten".
Avec cette formule, il affirme ne pas tromper le consommateur.

- C'est la recette qui est naturellement sans gluten.

- Ça gluten"?

- Du riz, naturellement, ne contient pas de gluten.
Le sarrasin non plus.

- Pour ne pas risquer de rendre malades ceux qui ne supportent vraiment pas le gluten, il a ajouté : "Ne convient pas aux coeliaques".
Contrairement à notre industriel provençal, sa conversion au sans gluten ne lui a pas coûté bien cher.
Ses produits pourront être vendus dans les mêmes rayons que ses concurrents.
Sur ce nouveau marche très tendance, il est donc difficile de séparer le bon grain de l'ivraie.
Mais si on n'est pas intolérant au gluten et qu'il ne nous rend pas malade, y a-t-il un intérêt à succomber à cette mode quinous qui nous promet du tonus et même de nous faire maigrir ?
Nous sommes allés poser la question à l'un des spécialistes français.

- Bonjour. Asseyez-vous.

- Le Pr Cellier, à l'hôpital Georges Pompidou, à Paris.

- Qu'est-ce qui vous arrive ?

- Je fais des intolérances alimentaires depuis quatre ans.

- Ce jour-là, il reçoit Anne-Laure, 40 ans, qui se sent mal après chaque repas.

- Quand vous dites que vous faites des intolérances, qu'est-ce que ça fait?

- Des maux de tête ou des migraines, qui vont de 1h à quatre jours.

- Vous avez des maux de ventre ?

- J'ai des maux de ventre.

- Le Pr Cellier va l'ausculter mais aussi lui faire passer des tests sanguins.
Si elle est comme Novak Djokovic, totalement intolérante au gluten, elle devra se mettre à ce fameux régime.
Mais si le test est négatif, il lui conseillera malgré tout d'essayer le sans gluten.
Cela devrait lui apporter un certain confort digestif.
Mais jamais le médecin ne prescrira ce régime pour maigrir.

- Ce n'est absolument pas un régime amaigrissant.
C'est sûr et certain. Peut-être que le fait de ne plus en manger induit un rééquilibrage de certains autres aliments.
Manger moins de pain, moins de fromage, moins de...
Mais le régime en soi n'est pas un régime amaigrissant.
Ca, c'est faux.

- Pour de bonnes ou de mauvaises raisons, cette mode n'est pas près de s'arrêter.
Le chiffre d'affaires des produits sans gluten devrait doubler d'ici deux ans.
Une croissance rarissime, dans l'industrie agroalimentaire.



Thomas Sotto : Bonsoir, Serge Michels.
Bienvenue sur le plateau de "Capital".
Vous êtes a la tête d'une agence qui s'appelle Protéines et vous êtes spécialiste de ce mélange un peu curieux entre les industriels et la santé.
En 400 avant Jésus-Christ, regardez ce que disait Hippocrate. 2500 ans plus tard, ce message-là, les industriels de l'agroalimentaire industriels de l'agroalimentaire l'ont parfaitement compris et parfaitement intégré.
Ils rivalisent d'imagination pour nous vendre des produits avec ceci ou sans cela, qui nous promettent la santé et la forme.
Très honnêtement, est-ce qu'il faut y croire un tout petit peu, à ces promesses ?

Serge Michels : C'est de la communication et de la publicité d'abord. Il y a toujours une part de rêve et on rend les choses agréables, belles.
Quand une femme prend une crème antirides, elle se doute bien qu'elle va pas rajeunir de 20 ans simplement en se mettant une crème sur la peau.
Ceci étant, aujourd'hui, les industriels ont l'obligation d'avoir un minimum de fonds scientifiques avant de pouvoir communiquer, faire ce qu'on appelle des allégations.
Bien évidemment, si les aliments ne sont pas des médicaments et qu'on ne soigne pas son rhume ou son cancer avec un soigne pas son rhume ou son cancer avec un aliment, il y a quand même des choses qui sont intéressantes.

Thomas Sotto : Il faut que ça soit base sur quelque chose d'un tout petit peu scientifique ?

Serge Michels : Il y a des produits qui présentent des intérêts réels parmi l'ensemble des allégations qu'on trouve sur le marché.

Thomas Sotto : Il y a quelques années, au début de ces "alicaments", comme vous les appelez, ce mix entre produits alimentaires et médicaments, tout était permis.
Aujourd'hui, est-ce que la loi est un peu plus stricte ?

Serge Michels : Oui. Il a fallu 18 ans pour se mettre d'accord.
Aujourd'hui, il y a une réglementation européenne depuis 2007.
En gros, tout ce qui n'est pas autorisé est interdit.
Tout ce qui est présent sur les produits est inscrit sur une liste européenne.
Vous devez aller devant la Commission européenne et devant les instances scientifiques avec un dossier scientifique, pour prouver ce que vous voulez raconter sur votre produit.

Thomas Sotto : Il y a donc un peu de fonds à chaque fois, une base scientifique, il y a une communication souvent habile, mais au bout du compte, c'est surtout du marketing ou on peut quand même y croire en termes de résultat ?
C'est pas parce qu'on se base sur quelque chose de scientifique qu'on a un résultat probant.

Serge Michels : D'abord, l'alimentation, c'est un ensemble de choses.
Il n'y a pas un aliment miracle qui va vous soigner ou vous guérir de tous les maux.

Thomas Sotto : La boisson détox ou machin va pas nous changer la vie.

Serge Michels : Exactement. La base, c'est une alimentation équilibrée.
Ceci étant, dans cette alimentation équilibrée, il y a des produits qui peuvent présenter des intérêts plus qu'un autre.
Par exemple, les produits qui permettent d'abaisser le cholestérol, comme certaines margarines, c'est démontré scientifiquement, elles peuvent réduire de 15 % le taux de cholestérol. Si vous prenez ce produit avec une alimentation équilibrée, ça peut présenter un intérêt.

Thomas Sotto : Ces produits coûtent forcément un peu plus chers, puisqu'ils sont censés nous apporter un petit bonus de santé.
Ça vaut la peine, ce surcoût, pour le consommateur ?

Serge Michels : C'est à chacun de juger.
C'est évident qu'un industriel, son objectif, c'est de vendre un produit.
Quand il met une mention valorisante, il espère en retirer un bénéfice économique.
En général, ces produits sont de l'ordre de 30 % plus chers en moyenne.

Thomas Sotto : C'est 30 % plus cher, quand on dit que c'est bon pour la santé ?

Serge Michels : Ça dépend des produits.
Lorsque vous avez un produit allégé en sel ou en matière grasse, il n'est pas plus cher.
Il n'y a pas de grosse différence.
En revanche, quand vous avez une promesse un peu plus médicale, du type cholestérol, on est plutôt de l'ordre de 30 % de supplément.

Thomas Sotto : Est-ce que ça marche ?
Les consommateurs se laissent tenter par ces produits ?

Serge Michels : Il y a quelques années, on pensait que c'était une recette miracle.
Il y a eu beaucoup de joueurs, il n'y a pas eu beaucoup de gagnants.
Les industriels ont des placards pleins et des cimetières de produits qui ont été des échecs retentissants.
Il y a eu des produits, par exemple, des boissons avec des vitamines, qui n'ont pas très bien marché.
Il y a eu un yaourt censé donner une belle peau qui n'a pas non plus très bien marché...
A côté de ça, il y a des produits comme Actimel, Activia, qui sont de beaux succès.
Beaucoup de joueurs, peu de gagnants.

Thomas Sotto : Il paraît que vous, vous avez testé le jus d'orange au collagène, le jus d'orange antirides.
C'est vrai ?

Serge Michels : On a fait un test auprès des consommateurs, pour voir si ça marchait.
Ils n'aiment pas du tout.
D'abord, ils n'y croient pas.
Deuxièmement, ils n'ont pas très envie d'avoir du collagène dans Ieurjus d'orange.
C'est plutôt une bonne chose.
On n'est pas obligé non plus de jouer à l'apprenti sorcier.
On a fait un certain nombre d'études et de tests et ça a confirmé ce qu'on pensait : on peut pas faire n'importe quoi et tant mieux.

Thomas Sotto : Le consommateur ne se laisse pas facilement duper.
Dernière question : à l'étranger, ils sont comme nous, pires que nous, plus raisonnables que nous ?

Serge Michels : Les champions dans ce domaine, ce sont les Japonais.
Ils adorent tout ce qui peut porter des bénéfices santé.
Le chewing-gum contre le rhume, des produits qui rendent intelligent...
Il y a des promesses et un marche absolument incroyable.

Thomas Sotto : Ça marche, le chewing-gum qui rend intelligent?

Serge Michels : A priori, ça se vend.
C'est présent sur le marché au Japon.
En France et en Europe, on n'est pas du tout dans cette culture.
Si on amenait ce type de produit, je donne pas cher de leur peau.

Thomas Sotto : Sinon, il y a un truc très simple pour le jus d'orange, on coupe l'orange, on la presse, on la boit, c'est très bon et il y a de la vitamine C.

Serge Michels : Tout à fait.



Thomas Sotto : Merci d'être venu ce soir sur le plateau de "Capital".
Si on fait la liste des produits sains, on trouvera forcément, très haut placé, les pommes.
La plus populaire du moment, c'est la Pink Lady.
Elle a un nom de meneuse de revue, un physique irréprochable et une saveur unique.
Plus standardisée, ça n'est pas possible.
Que vous la croquiez chez vous, en Espagne, en Australie ou ailleurs sur la planète, elle aura exactement le même goût.
Nous avons cherché à percer les mystères d'une pomme qui a su se faire un nom.
Vous allez voir que ce n'est pas tout à fait la nature qui a crée la Pink Lady.

- Notre histoire débute comme dans un conte de fées.
Avec une jolie...

- Une princesse qui nous emmène à la découverte d'un fruit merveilleux.
Quelque part, dans cet univers magique, se cache une pomme toute de rose vêtue, capable d'éclipser ses concurrentes.
Cette pomme existe bel et bien.
Vous la connaissez sans doute.
Sous son doux nom commercial, la Pink Lady a conquis la Terre entière en seulement 20 ans.
Avec une spécificité incroyable : où que vous l'achetiez, vous l'achetiez, Argentine, France, Afrique du Sud, elle est toujours la même.
Et ça, ça fait craquer et croquer les consommateurs.
A tel point qu'en Angleterre, elle a détrôné la Granny Smith, une reine des ventes devenue le symbole de la standardisation.
Pour retracer son histoire, nous l'avons traquée sur les routes enneigées de France.
Mais aussi en Espagne, et même au bout du monde, en Australie.
Vous allez découvrir un scénario digne d'un bon roman, entre argent, botanique et secret bien garde.
Si la Pink Lady a autant de succès, c'est d'abord grâce à ses qualités organoleptiques.
Un mot compliqué pour dire simplement qu'elle est sacrément bonne.
Ici, à l'Ecole supérieure d'agriculture d' Angers, on le vérifie chaque semaine.
Ronan est ingénieur.
Il dirige une curieuse équipe.
Une douzaine de testeurs de pommes.
Pour cela, il a mis au point un laboratoire spécialisé dans les tests pour l'agroalimentaire.
Un laboratoire étrange, plongé dans le rouge, pour une raison bien précise...

- Les pommes ont des couleurs différentes.
Pour ne pas être influencé par la couleur de la peau, sur la perception en bouche, on les met en lumière rouge.
Comme ça, ils vont croire que tout est rouge, de la même couleur.

- Ce jour-là, au menu des testeurs, trois pommes. Un Gala, une Golden et une Pink Lady.
Elles vont être notées sur sept critères.
Fondant, acide, sucre, etc. Le tout, de façon la plus neutre possible.

- Je vais la noter à 7.
C'est le bruit, au premier croc, le premier bruit qu'émet la pomme quand on la croque.

- A ce petit jeu-là, devinez qui gagne le plus de points ?

- Laquelle était la plus croquante ?

- La 94, c'est le nom de code de la Pink Lady.

- Au niveau du juteux ?
C'était celle-là aussi ?
D'accord.

- La Pink Lady l'emporte sur plusieurs critères.
Et pas n'importe lesquels.
C'est ce que révèlent les études menées par nos croqueurs de pommes.
Voici le résultat de plusieurs années de travail. La Pink Lady obtient de très bonnes notes en croquant, en fermeté, en juteux, mais aussi de bons résultats en crissant, en sucré, en intensité aromatique.
Ça tombe bien, c'est exactement ce que recherchent les consommateurs.

- On a les variétés très acides, on peut penser à la Granny Smith, qui vont vraiment avoir ce facteur de segmentation, avec des gens qui ne vont pas du tout l'aimer, alors que d'autres vont aimer.
Quand on est sur ces critères conventionnels, le sucré, le juteux et le croquant, ça ne vous empêche pas d'aimer des variétés acides, mais ces critères sont beaucoup plus consensuels et vont plaire a une grande variété de consommateurs.

- Une pomme au goût idéal.
Mais cela ne suffit pas pour être achetée par tous.
Car en France, la Pink Lady affronte une rude concurrence. Granny Smith, Golden, Red Chief... des pommes tout aussi bonnes, qui ont leurs inconditionnels.
Pour réussir, il faut quelque chose de plus.
Un procédé qui a propulsé la Pink Lady au sommet des ventes.
Pour le découvrir, nous nous rendons dans un supermarché en banlieue parisienne, en compagnie d'un consultant réputé dans le milieu alimentaire, Xavier Terlet.
Très vite, avec lui, nous allons voir qu'au royaume des fruits, il existe deux catégories de pommes. Les traditionnelles, présentées en vrac, et juste à côté, les Pink Lady, en tenue d'apparat.
Un emballage rose bonbon, un logo en forme de coeur et même un sac offert pour chaque cagette achetée.
La Pink Lady joue à fond la carte de la séduction pour la Saint-Valentin.
Mieux, elle cherche a séduire les réfractaires aux fruits, les jeunes.

- Si vous voulez faire manger des pommes à vos enfants, qui ont des petites mains, et vous jugez qu'il leur faut des petites pommes, il y a les petites Pink Lady.
Ce sont les mêmes mais plus petites.
Elles tiennent mieux dans la main de l'enfant.
Il les mange plus volontiers.

- Quelques millimètres en moins et un partenariat avec Disney, astucieux et inédit.

- Dans l'univers de la pomme, ça, c'est du jamais vu, d'aller aussi loin dans le marketing et dans la promotion.

- Ce marketing, unique dans le monde de la pomme, ne se limite pas à l'emballage.
La dame en rose dépense chaque année des fortunes pour se faire désirer.

- Publicité télé ou, en Belgique, sponsoring de cette série bien connue, où une pomme occupe une place de choix.
Et puis, souvenez-vous, Claude François avait ses Claudettes.
La Pink Lady a eu ses "Pinkettes".
Des ambassadrices de charme, dans les boîtes de nuit.
Ses promoteurs ont décidément tout tenté, y compris atteindre le sommet de l'Etat.
Lettres et pommes envoyées à l'époque au président Jacques Chirac.
Comme en affaires on ne fait pas de politique, lettres également à Lionel Jospin, l'ex-Premier ministre s'en amuse.
Il le souligne, la robe rose de cette pomme lui est bien sûr sympathique.
Un marketing culotté qui ferait presque oublier une chose : le prix.
Une barquette de Pink Lady, cela s'achète à près de 3 euros le kilo.
Deux fois plus cher que le prix moyen des pommes en France.
Un marché, pour une fois, on peut vraiment le dire, juteux.
Plus d'1 M d'euros par an dans le monde.
Oui, mais qui les empoche ?
Qui en bénéficie ?
Pour le savoir, nous quittons la France.
Direction l'autre bout de la terre, l'Australie.
Plus précisément Perth.
C'est ici que la Pink Lady est née, à quelques kilomètres des gratte-ciel du centre-ville, non loin des orphelins, dans cette paisible banlieue chic.
Nous avons rendez-vous avec un homme qui a voué sa vie à cette pomme.
Un Australien de 85 ans. John Cripps.

- Frédéric from "Capital".
Nice to meet you.
Est-ce que vous êtes bien le créateur de cette pomme ?

- Oui. C'est cela.

- Ça doit être une longue histoire.
On y va ?
On y va?

- La vie de John est comme celle de sa création, pleine de rebondissements.
Notre homme quitte son Angleterre natale dans les années 50.
Il débarque en Australie avec seulement 10 dollars en poche.
Il se consacre alors à sa passion, l'horticulture, au service de l'Etat.
Il a toujours rêve de créer une nouvelle variété de pommes.
En 1970, quand on lui donne le feu vert pour mener un programme de recherche, il a déjà une idée bien précise en tête.

- L'idée de départ, c'est de créer une variété qui se conserve bien et qui pourrait être exportée d'Australie occidentale vers l'Europe.

- Pour créer son best-seller, il va se fier à une intuition, marier une Golden Delicious à une Lady Williams à droite.
En croisant les deux, il espère que leurs qualités vont s'additionner.

- La Lady Williams a une peau en grande partie rouge.
C'est une pomme qui se conserve bien dans le temps.
La Golden Delicious produit des arbres avec des pommes qui ont un fort taux de sucre. Mais elle ne se conserve pas longtemps.

- La nouvelle variété hérite des deux couleurs de ses parents.
Du jaune et du rouge avec une pointe de rose.
Surtout, elle est sucrée et se conserve bien.
Pour obtenir cette beauté, John a mis 11 ans.
Avec une infinie patience, il a cueilli des milliers de fleurs issues de pommiers de Golden Delicious.
Il en a extrait le pollen avec un tamis.
Puis, John a ôté les pétales de fleurs des Lady Williams. Ensuite, à l'aide d'un pinceau, il a dépose le pollen de la Golden, le tout, soigneusement emballe, pour éviter que le pollen ne s'envole.
Chaque pomme ainsi créée a donné naissance à une multitude de pommiers, 118 000 au total.
Un travail de titan.
Une chance sur 50 000 d'obtenir une nouvelle variété. Du coup, certains, à l'époque, n'y croyaient guère.

- L'administration a voulu stopper le programme.
Mais, moi, je m'y suis oppose. Je leur ai dit qu'on devrait continuer.
On m'a répondu que je pouvais continuer mon programme, à une seule condition : que cela ne perturbe pas d'autres travaux plus importants.

- John a eu raison d'insister.
A quatre heures de route de Perth, son invention profite aujourd'hui à 1000 producteurs australiens, près de 3000 en Europe.
Voici l'ancêtre de tous ces pommiers.
Le premier arbre de John Cripps, précieusement conservé.
Sur la plaque commémorative, apparaît le nom exact de sa pomme. Cripps Pink. Juste à côté, le nom de la marque, Pink Lady.
Car sa pomme est aussi devenue une célèbre marque.
Pourtant, John est loin d'avoir récolté les fruits de son travail.

- John est loin d'avoir récolté les fruits de son travail.

- Et vous, vous avez gagné combien avec votre découverte ?

- Rien du tout.
Si vous cultivez des variétés pour l'université, vous toucherez des droits sur les ventes, environ 10 % des recettes.
Mais si vous cultivez pour le gouvernement, ce dernier considère que les variétés lui appartiennent.
Vous n'aurez rien du tout.

- John travaillait pour l'Etat d'Australie occidentale.
Cet Etat récolte donc en premier les retombées financières.
Notamment grâce à des brevets, comme celui-ci, déposés dans de nombreux pays.
Sur chaque pommier de Pink Lady vendu à travers le monde, l'Australie occidentale touche donc des royalties.
Au total, une rente de 350 000 euros par an.
Mais la Pink Lady rapporte beaucoup plus d'argent.
Cette fois, ce n'est plus l'Etat qui en profite.
Nous voici maintenant a Melbourne, devant un immeuble discret, le siège de l'APAL, l'Association Australienne des Producteurs de Pommes et Poires. John, son directeur, revient de vacances.

- Bonjour, David. Comment ça va ?

- Pas trop mal.

- Vous avez passé un bon week-end ?

- Lui et ses huit salariés sont un peu... les gardiens du temple Pink Lady.

- Bonjour, Jesse.

- Les dépositaires de la marque. Ils l'ont développée dans le monde entier à partir d'un minuscule bureau, situé au rez-de-chaussée.

- John, c'est quoi, exactement

- C'est notre bureau spécial

- La conquête du monde s'est déroulée dans un cadre très précis, à coup de classeurs et de contrats.
Le siège de la marque vend des licences à travers le monde.
Par continent, ou par pays.
En retour, ces licenciés reversent chaque année des droits d'utilisation de la marque.
Comme dans un système de franchise.
Puis, à leur tour, ils toucheront une commission sur chaque kilo de pommes vendu.
Selon nos informations, par exemple, en Espagne, 12 à 15 centimes d'euro par kilo vont à Pink Lady Europe. John veille particulièrement à sa licence et à son produit, en imposant des critères très stricts.

- La couleur et la maturité.
Regardez.
La première n'est pas assez bonne.
La deuxième, en revanche, est parfaite.
Celle-là est trop mûre.
Elle est en dehors des clous.

- Tout est compte, pesé, testé.

A commencer évidemment par la couleur. 40 % de rose minimum, sur un fond vert pâle mais surtout pas jaune.
La fermeté, minimum 6,8 kg par centimètre carre, mesurée avec un pénétromètre de 11 mm, s'il vous plaît.
La Pink Lady, un produit standardisé pour un monde globalisé.

- Ça veut dire qu'une Pink Lady achetée en Australie, c'est la même qu'une Pink Lady achetée au Chili ou en Russie ?

- Oui. C'est notre objectif.
Parvenir toujours au même degré de qualité partout.
Si c'est du Coca-Cola, peu importe où vous l'achetez dans le monde, ce sera toujours le même.

- Et comme pour le Coca-Cola, la formule exacte reste toujours un peu secrète.
Exemple en France.
Notre pays est le plus gros producteur de Pink Lady en Europe.
Pourtant, difficile d'obtenir des réponses à nos questions.
Alors, nous nous sommes tournés vers l'Espagne, à Lleida, à deux heures de route de Barcelone.
Dans cette zone industrielle, la coopérative Fruilar traite toutes sortes de fruits.
Mais en ce mois de décembre, place aux toutes premières Pink Lady de la saison.
Elles partent à l'exportation.
Une précieuse cargaison, surveillée de près par Antonio, ingénieur en agronomie.

- Salut, Valentina. Alors, elles sont belles, les pommes ?

- Je ne sais pas.

- Elles vont passer à la télé.

- Sa mission : appliquer le cahier des charges draconien de la Pink Lady.
La marque australienne exige de traiter tout en douceur ces fruits.
Alors, la coopérative leur offre un paisible voyage aquatique, garanti sans aucun choc.
Après un bref séchage, deuxième délicate attention.
Le tapis de tri est spécialement ralenti pour elle.
Toutes ces faveurs s'expliquent par une raison simple.
Pour décrocher l'autocollant emblématique de la marque, tout se passe comme dans un concours de Miss.
Seules les plus jolies seront sélectionnées.

- Voici une pomme Pink Lady.
Elle a bien 40 % de couleur rose.
En plus, elle n'a aucun défaut.
A côte, voyez celle-ci.
Au-delà de son manque de couleur, elle est un peu déformée, inclinée.
Ca, ça ne passe pas pour la marque Pink Lady.

- La recalée finira dans la cagette estampillée Cripps.
Souvenez-vous.
Cripps, c'est le nom de l'inventeur.
Le nom de sa création.
Alors, ici, quand les Cripps croisent les Pink Lady, il s'agit bien de la même variété de pommes mais pas au même prix.

- En ce moment, la Cripps, on la vend 70 centimes d'euros le kilo et la Pink Lady, autour de 1,40 euro.

- Ca, c'est seulement à cause de la...

- La couleur

- La couleur mais...

- La couleur mais aussi les défauts, oui.

- Mais cela, cela ne change pas grand-chose pour les consommateurs.

- Non. C'est vrai. Une fois qu'ils l'ont pelée, la différence est négligeable.

- Pour répondre au cahier des charges de la Pink Lady, la coopérative a dû former son personnel, investir dans du matériel et cela se révèle une très bonne affaire.
La Pink Lady, une pomme aux pépins d'or.

- Notre chiffre d'affaires a augmenté. Il a pratiquement doublé.

- Est-ce que vous pouvez préciser ?

- L'an dernier, on a fait 9 M d'euros de chiffre d'affaires.
Alors que quand on a commencé ici, on faisait, si je me souviens bien, plutôt entre 3 et 4 M d'euros.

- Ceux qui en profitent aussi se trouvent à quelques kilomètres de là.
Les agriculteurs de la coopérative.
Ici, la pomme australienne a permis a certains de doubler leur chiffre d'affaires.
Seulement, pour obtenir un maximum de Pink Lady parfaites, ils n'ont guère le choix.
Ils doivent, comme dans d'autres productions agricoles, utiliser des pesticides.
Dans cette étude de l'INRA, l'IFT désigne l'indice de fréquence des traitements, en 2006.
Un peu plus de deux traitements par an pour le tournesol, 36,5 pour les pommes et même un peu plus pour les Pink Lady.
Ainsi, les Golden Delicious ont reçu cinq fongicides de moins que les Pink Lady.
Ces traitements respectent les normes en vigueur.
Seulement, sans eux, la Pink Lady n'aurait pas une si belle allure.
Car, avec moins de traitement, impossible d'avoir des pommes d'une même variété à l'identique.
Au coeur du Maine-et-Loire, nous rencontrons un agriculteur bio, Bertrand.
Pour ses 10 000 pommiers, il utilise l'argile, du purin d'orties ou du soufre.
Voilà le résultat. Stocké dans sa grange.

- Par exemple, cette rouge-là, c'est de la Melrose.
Là, c'est de la Reinette Canada grise.

- A chaque fois... des traitements naturels très limités.

- Là, c'est de la Clochard. La Reinette Clochard.

- Pour ces pommes, vous avez fait combien de traitements ?

- Pour la Melrose, on tourne entre cinq et sept traitements.
La Canada grise, trois traitements.
On finit par la Clochard, qui a zéro traitement.

- Justement, sans traitement, voilà ce qui arrive souvent aux fruits.
Des taches noires.
Rien de grave.
En fait, un excès de sucre en surface.
Un peu plus loin, deux autres pommes qui possèdent quelques traces grises de tavelure, un champignon peu esthétique.
Toutes sont comestibles mais invendables en supermarché.

- Je ne sais pas si les consommateurs boudent ces pommes-là, mais c'est plutôt aussi le système commercial qui ne veut que des belles pommes sur les rayons.
Donc, on est obligé de faire des pommes avec au maximum 1 cm carre de tavelure.
On est obligé de faire des pommes qui sont rondes, qui n'ont aucun défaut.

- Le problème, c'est que Bertrand n'arrive pas à obtenir le zéro défaut.
Il jettera 5 % de sa production. 5 % qui finiront en compost.
Bien loin du succès de la pomme rose, qui, elle, a réussi la standardisation à l'extrême.
La Pink Lady.
La petite pomme qui a croqué la terre entière.

Thomas Sotto : C'est donc sur cette pomme, que j'espère, vous aurez croquée avec plaisir, que s'achève ce nouveau numéro de "Capital".
Merci à Stéphane Martin et à la rédaction, Laurent Renaudie et la production, réalisation signée du chef Nicolas Druet et de sa savoureuse équipe de marmitons.

 

 

 

Une transcription est aussi présentée au lien :
http://telescoop.tv/browse/505941/24/capital.html?q=gluten


 

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